samedi 29 mai 2010

Le temps existe-t-il ?

Voici le court texte de présentation paru sur le site de La Recherche.

Le temps n'existe pas

Ce mois-ci, dans le numéro 442 de La Recherche, nous consacrons notre dossier de Une au temps des physiciens. Pourrait-on s'en passer?

Le temps est-il réellement un concept fondamental de la physique ? La question se pose, aussi surprenante soit-elle. Certains théoriciens proposent en effet de s’en passer : le temps, tellement indissociable de l’évolution du monde dans nos esprits, ne serait finalement pas indispensable pour décrire le cours des choses… Cette proposition est néanmoins loin de faire l’unanimité. Et, même chez les physiciens pour qui le concept de temps pose problème, les visions divergent. Le vieux débat philosophique sur l’existence du temps se retrouve donc aujourd’hui porté par la physique théorique.

Le texte se trouve ici 

Le problème est déjà posé en 2006 (Conférences d'Étienne Klein et de Marc Lachièze-Rey, physiciens au CEA). - Voir également la conférence d'Étienne Klein du 6 avril 2004 (ci-dessous) où le physicien répond par l'affirmative à la question posée : Le temps existe-t-il? - sans renier la complexité du problème, en citant notamment Prigogine, qui cherche à introduire l'irréversibilité dans le temps de la physique...



Last but not least : A very interesting Interview of Ilya Prigogine by Giannis Zisis -- Greece, Astir Palace Hotel, Vouliagmeni, May 2000 (English).

mercredi 26 mai 2010

Noam Chomsky à Paris

Vendredi 28 mai. Colloque « Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky », organisé par la chaire de philosophie du langage et de la connaissance (professeur Jacques Bouveresse) du Collège de France, de 9 heures à 18 heures, amphithéâtre Marguerite-de-Navarre, 11, place Marcelin-Berthelot, 75005 Paris (entrée libre). Liens sur la présentation du Collège de France ~ et sur l'argument de J. Bouveresse (pdf)

[vidéo indisponible]


Samedi 29 mai. Conférence « Poverty of stimulus : some unfinished business », organisée par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), de 10 h 30 à 12 heures, au Campus des cordeliers, 21 rue de l’école de médecine, 75006 Paris (entrée libre).

Résumé de Noam Chomsky

Conférence-débat à la Mutualité avec Le Monde diplomatique, à 16 heures (complet).

Voici le texte de l'intervention de N. Chomsky.

Lundi 31 mai. Conférence « Understanding and interpreting : language and beyond » à 17 heures, au Collège de France, amphithéâtre Marguerite-de-Navarre (entrée libre).

(source : Monde Diplomatique)

L'émission de Taddeï (France 3) présentait ce lundi 31 mai 2010 deux personnalités remarquables, le flamboyant Fernando Arrabal en "vedette américaine", bizarrement appelé à discuter sur le thème du sport avec trois autres invités - "le sport est oune école de confussion..." - , puis Noam Chomsky, seul face à l'animateur, qui terminait son séjour parisien en commentant les "sujets d'actualité", et notamment l'assaut donné dans les eaux internationales par l'armée israelienne sur les bateaux de ravitaillement à destination de la bande de Gaza, mais aussi la fameuse "préface" (qui n'en était pas une) à un livre du négationniste Faurisson...

On peut revoir l'émission pendant une quinzaine...

Et voici l'intervention de N. Chomsky (merci à RC)

[vidéo indisponible]

mardi 25 mai 2010

Jacques Bouveresse : Noam Chomsky et ses calomniateurs

A ceux qui l’accusaient de se comporter, envers son pays, comme « l’oiseau qui salit son propre nid », Karl Kraus a répondu qu’on peut très bien, dans certaines circonstances, se sentir au contraire sali par son propre nid et éprouver le besoin légitime de le rendre, si possible, un peu plus propre ; ce qui a eu pour conséquence qu’il s’est « attiré la haine des gens sales à un degré qui pourrait être sans égal dans l’histoire de la vie intellectuelle ».

C’est, à bien des égards, dans une situation tout à fait semblable que se trouve aujourd’hui Noam Chomsky. Aux yeux d’une bonne partie du monde intellectuel, qui s’accommode, somme toute, assez bien de la saleté qu’il dénonce, il est, lui aussi, l’oiseau dont l’activité principale consiste à souiller le ou les nids dont il est matériellement, et devrait être spirituellement, un occupant : en premier lieu, bien entendu, les Etats-Unis, mais également l’Europe, les démocraties occidentales en général, l’Etat d’Israël, les élites intellectuelles, le monde scientifique, l’université, le système d’enseignement, etc.

Celui qui, comme c’était déjà le cas de Kraus, pense et agit en fonction de l’idée qu’un intellectuel doit balayer d’abord devant la porte de son propre pays, en espérant que les autres feront la même chose de leur côté, peut être pratiquement certain de se heurter à la protestation violente de gens qui réagissent à peu près comme si cela revenait ipso facto à affirmer que la vérité, le bon droit et la justice se trouvent toujours entièrement du côté de l’ennemi.

[English] Noam Chomsky | Two Lectures


UC Berkeley presents the The Charles M. and Martha Hitchcock Lecture series, featuring linguist and political activist Noam Chomsky. Chomsky examines Biolinguistics - The Study of Relations Between Physiology and Speech. - Series: "UC Berkeley Graduate Council Lectures" [7/2003] [Public Affairs] [Humanities] [Show ID: 7412]

On 22 March 2005, the renowned author, educator and linguist Professor Noam Chomsky delivered the third and final lecture of the 2004/2005 Gifford Lecture Series, Illegal but Legitimate: a Dubious Doctrine for the Times (Edinburgh University)

Noam Chomsky - Manufacturing Consent (vostf, 1992)

Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the media,
documentaire canadien de 1992 sur Noam Chomsky,
réalisé par Mark Achbar et Peter Wintonick (167 minutes, vostf)

Précisions sur le livre éponyme de Chomsky (1988) [in Wikipédia] :

 Noam Chomsky, en collaboration avec l'universitaire Edward Herman, a contribué à la naissance des travaux consacrés à la « politique économique » (« political economy ») des médias de masse. Cette approche s'intéresse, dans une perspective critique, au fonctionnement de l'industrie des médias dans ses rapports avec les pouvoirs économique et politique. Partis du constat qu'en démocratie les élites ne peuvent pas se contenter d'user de la force pour asseoir leur domination et du principe que les intérêts de la majorité de la population diffèrent de ceux de l'élite, Chomsky et Herman ont cherché à démontrer empiriquement, dans leur livre La Fabrication du consentement (1988), comment, dans le contexte américain, les principaux médias participent au maintien de l'ordre établi. Dans leur optique, les médias tendent à maintenir le débat public et la présentation des enjeux dans un cadre idéologique construit sur des présupposés et intérêts jamais questionnés, afin de garantir aux gouvernants l'assentiment ou l'adhésion des gouvernés. C'est ce qu'ils ont appelé, en reprenant une formule forgée en 1922 par Walter Lippmann, l'un des fondateurs des relations publiques, la « fabrication du consentement » (« manufacturing consent »). Ils ont basé leur analyse sur ce qu'ils ont appelé un « modèle de propagande ». Selon ce modèle, cinq filtres déterminent en grande partie l'information produite dans et par les médias, à savoir : les caractéristiques économiques du média considéré (taille, actionnariat, orientation lucrative), la régulation par la publicité, la nature des sources d'information employées, les « contre-feux » (« flak ») et moyens de pression, l'idéologie anticommuniste (peut être étendu à tout élément idéologique dominant). Ils ont ainsi « décrit la relation étroite entre l'économie et les intérêts militaires américains et le concept de "menace soviétique" dans ses différentes manifestations » et relevé de « nombreux liens et intérêts partagés entre les médias, le gouvernement et le monde de l'entreprise aux États-Unis ». Leur étude a établi que le traitement médiatique des pays ennemis des États-Unis est systématiquement différent de celui réservé aux pays alliés, défavorable dans le premier cas et favorable dans le second. [notes et suite]

***

Manufacturing Consent: Noam Chomsky and the Media (1992) is a multi award-winning documentary film that explores the political life and ideas of Noam Chomsky, a linguist, intellectual, and political activist. Created by two Canadian independent filmmakers, Mark Achbar and Peter Wintonick, it expands on the ideas of Chomsky's earlier book, Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media, which he co-wrote with Edward S. Herman. - The film presents and illustrates Chomsky's and Herman's propaganda model, the thesis that corporate media, as profit-driven institutions, tend to serve and further the agendas of the interests of dominant, elite groups in the society. A centerpiece of the film is a long examination into the history of The New York Times' coverage of the Indonesian occupation of East Timor, which Chomsky says exemplifies the media's unwillingness to criticize an ally of the elite. Read more...

lundi 24 mai 2010

Interview de Simone Boué, compagne de Cioran (1996)

Cet interview a été réalisé par Norbert Dodille en 1996, l'année qui suivit la disparition du philosophe, et a été publié dans Lectures de Cioran, Paris, L’Harmattan, 1997, pp. 11-41. Voici un extrait significatif de l'entretien avec celle qui fut la compagne de Cioran depuis leur rencontre en 1942 jusqu'à sa mort, le 20 juin 1995 à Paris. D'ailleurs cette femme dans l'ombre, agrégée d'anglais, ne lui aura pas survécu très longtemps : "A l’automne 1997, deux ans après la disparition de l’écrivain, Simone Boué [a] été retrouvée morte au bas d’une falaise." (Libération, 8/12/2008) On dit aussi qu'elle s'est noyée... Ils sont enterrés ensemble à Paris au cimetière Montparnasse.

Trouvée ici
 

Où Cioran en était-il de sa vie littéraire, en 1947 ? II avait le Précis de Décomposition en souffrance chez Gallimard ? 

Quand j’ai connu Cioran, il écrivait en roumain. En effet, c’est en 1947 qu’il a pris la décision d’écrire en français. Le Précis de Décomposition a paru deux ans plus tard, il l’a écrit deux ou trois fois au moins.

Oui, il raconte cette anecdote selon laquelle il était allé à Dieppe, et qu’au moment de traduire Mallarmé en roumain, il avait finalement décidé que cela n’avait pas de sens. C’est vrai ?

Oui. Voici comment Dieppe est entré dans notre vie. Ma plus vieille amie que j’avais connue à Poitiers avait obtenu un poste à Dieppe parce que justement personne ne voulait aller à Dieppe, c’était la guerre, il y avait les bombardements. Moi, à ce moment-là, j’étais au foyer international. Un jour, elle m’a invitée à venir la voir. Et c’est comme ça que j’ai passé huit jours à Dieppe, et après, à la Libération, avec Cioran, on y est souvent retourné parce que c’est facile d’accès, on prenait le train et on passait la journée. Cioran adorait Dieppe.
Cet été là, on était allé passer quelque temps à Dieppe, puis j’avais dû laisser Cioran pour aller chez mes parents. Il s’était alors établi dans une pension de famille à Offranville, près de Dieppe. Et c’est là, d’après ce qu’il raconte, que, traduisant Mallarmé, vous connaissez la suite …
Quand il a commencé à écrire en français, est-ce que vous l’avez aidé ?

Non, à l’époque, j’étais à Orléans. Je sais qu’il avait écrit ça, le Précis, mais je n’ai aucun souvenir d’y avoir été mêlée. Tout ce que je sais, c’est qu’il a écrit une première version, qu’il avait déposée chez Gallimard, il avait montré le texte à un ami français qui lui avait dit : c’est à réécrire, ça sent le métèque, et Cioran avait été absolument ulcéré, mais finalement il s’est rendu compte que son ami avait raison, et il s’est mis à réécrire le texte. Je sais qu’il voyait une femme, je ne sais plus exactement qui, je ne l’ai jamais rencontrée, je n’ai jamais su son nom : il l’appelait la “grammairienne”. Parce que Cioran avait la manie, propre, paraît-il, aux gens de son pays, de Rasinari, de donner des sobriquets. Donc, il semble que ce soit elle qui l’ait aidé. Moi, la seule façon dont je suis intervenue, c’est que je tapais ses textes. Tous les textes de Cioran, c’est moi qui les ai tapés. Là, j’ai eu du mérite. Les fautes de frappe le rendaient fou.
Ce n’est pas moi qui ai tapé la première version du Précis de décomposition, il avait pris une dactylo, mais cela lui coûtait très cher, et ensuite, elle faisait des fautes tout le temps, alors je me suis mise à la machine, et j’ai même appris à taper avec mes dix doigts.

II vous donnait ses manuscrits. Et à vous, il ne vous arrivait pas de lui dire, par exemple, ici, c’est incorrect, ou là, je n’aurais pas formulé ma pensée de cette façon ?

Il n’écrivait jamais plus d’une page, au fond, il écrivait peu à la fois. Il n’a pas écrit tellement, ses livres sont courts. Quand je revenais du lycée, très souvent, il me montrait sa page d’écriture. Il n’était pas content, il n’était jamais content de ce qu’il écrivait, et il me demandait de le lire. Il disait que je lisais très bien. Et quand je lisais, il trouvait que son texte était bien. II fallait que je le lise. Alors, ça passait. Il faut dire que je prenais une voix de sirène – ou presque. Souvent, je pense que c’est Cioran qui m’a appris le français. En tout cas, il m’a fait prendre conscience de ce qu’était ma propre langue.
Quelquefois, je faisais des objections, mais il avait ses idées. Je me souviens du texte qu’il a écrit sur Ceronetti, il l’a écrit parce qu’on allait publier la traduction du Silence du corps, et Ceronetti avait demandé à Cioran de lui faire une préface. Cioran a essayé de s’en tirer, il faisait toujours comme ça, il essayait d’esquiver. Il a dit : je ne vais pas faire une préface, je vais écrire une lettre, une lettre à l’éditeur. C’est ce qu’il a fait, il m’a montré ladite lettre. Je lis le texte, et j’ai été renversée. J’étais habituée à ce que Cioran ne parle pas toujours du sujet en question, mais là, ça commence avec le récit de Cioran au Luxembourg qui se cache derrière un arbre pour voir passer Ceronetti suivant sa fille adoptive. Alors, je dis à Cioran : mais c’est insensé de publier des choses pareilles. Et il me répond : j’avais la fièvre. J’insiste. Et Cioran me répond d’un ton sans réplique : je ne changerai pas une virgule ! et effectivement, il n’a pas changé une virgule. Il était donc peu accessible à mes remarques.

Jamais ?

De temps en temps, si, quand il trouvait que j’avais raison !

Et ces textes qu’il vous donnait à lire, ils étaient sur des feuilles volantes ?

Non. Il écrivait sur des blocs de papier à lettres grand format. Au début, il écrivait à l’encre, c’est à dire avec de l’encre, et une plume d’acier. Ça c’est mes premiers souvenirs de Cioran écrivant, à ce moment là, il écrivait en roumain. Plus tard, il s’est acheté un stylo à encre, et c’est très longtemps après qu’il a commencé à écrire au stylo bic. C’est comme cela que j’ai pu dater le manuscrit de Mon pays.
Il n’était pas très difficile à lire, à partir du moment où on savait comment étaient formées certaines lettres : en particulier le R, qu’il faisait comme un N. II disait : en parlant je suis incapable de prononcer un R, et en écrivant aussi j’ai du mal. Il s’étonnait que je puisse, moi, prononcer les R si bien. Quand je parlais, il s’approchait de moi, me regardait par en dessous, dans la bouche, pour tenter de comprendre comment je faisais.

Il n’avait pas des rituels pour écrire, des moments privilégiés ?

Non. Au fond, je crois qu’il n’aimait pas tellement écrire. Après le Précis de Décomposition, il y a eu Syllogismes de l’amertume qui a été un fiasco complet. C’est le livre qui se vend le mieux maintenant, qui se réédite le plus souvent. Mais quand ça a paru, il y a eu un seul article dans le magazine Elle. Et Gallimard l’a mis au pilon. Après ça, Cioran avait plus ou moins renoncé à écrire, et il aurait même définitivement renoncé si Paulhan, directeur de la Nouvelle Revue Française, ne lui avait pas demandé des textes. Et il a été obligé d’écrire des essais. Plusieurs de ses livres sont constitués par des essais qui avaient déjà paru dans la N.R.F. Il était coincé, il avait promis à Paulhan ! Alors, il disait : j’ai promis d’écrire ça, pourquoi est-ce que j’ai promis, et voilà que la date arrive. II était dans tous ses états et disait : jamais je ne pourrai écrire cet article. Puis, tout d’un coup, il se retirait dans sa chambre, et il écrivait. Ça m’étonnait toujours, je trouvais ça extraordinaire qu’on puisse écrire avec cette facilité. On voit que dans les manuscrits, il n’y a pas tellement de ratures.

Et Cioran n’a jamais été tenté d’écrire autre chose que des essais, il n’a jamais été tenté par le théâtre, que sais-je, la fiction ?

Là, ça me laisse pantois, ce que vous me dites ! Jamais Cioran n’aurait imaginé cela. Cioran n’a jamais écrit que des variations sur le même thème.

Mais on peut dire ça de tous les écrivains, on peut écrire des variations sur le même thème sous plusieurs formes, non ? Ça vous paraît vraiment impensable que Cioran ait eu l’idée d’écrire autrement ?

Je me souviens que Cioran racontait souvent à ses amis des histoire de son passé, quand il était à l’école, quand il était au service militaire, c’étaient des histoires merveilleuses, on se tordait de rire, et beaucoup d’amis lui disaient : tu devrais écrire tes mémoires. Et Cioran répliquait: mais je ne suis pas capable d’écrire des mémoires, des récits. Je n’ai pas ce qu’il faut pour faire ça.

Lire l'intégralité de l'interview 


N.B. : "La bourse Cioran, d’un montant de 18.000 euros [rectif.: 12.000 € pour 2014], a été créée grâce au legs de Simone Boué sur les droits d’auteur de l’œuvre d’Emil Cioran, essayiste dont elle a été la compagne. Elle est remise chaque année par le Centre national du livre, gestionnaire de ce legs, à un écrivain d’expression française ayant déjà publié un essai, de facture libre, sur des sujets d’ordre philosophique, littéraire ou politique. La bourse lui est attribuée pour réaliser le projet qu’il a présenté." [date limite de dépôt des dossiers : 31 janvier 2014]

Plus d'infos ici

Documentaire sur la vie d'E. M. Cioran





Toujours en ligne, ce bon documentaire sur l'énigmatique Cioran, qui fuyait les médias, refusant même une émission que Bernard Pivot voulait consacrer à lui seul. Cet habitant d'un appartement mansardé de la rue de l'Odéon, où l'on pouvait trébucher sur les oeuvres  complètes de Nietzsche, préférait les promenades à Paris et les rencontres fortuites... Un film de Patrice Bollon et Bernard Jouridain dans la série "Un siècle d'écrivains" (France 3, 1999)

dimanche 23 mai 2010

Pierre-André Boutang (1996) : L'abécédaire de Gilles Deleuze


Malheureusement, l’Abécédaire n'est plus disponible en libre accès
(juin 2018)


 "Deleuze ne voulait pas d’un film sur lui, mais il avait accepté l’idée d’un film avec lui, et avec Claire Parnet qui fut son élève. - Dans cet abécédaire, chaque lettre renvoie à un mot, de A comme animal à Z comme zigzag. Existe-t-il un lien entre Spinoza et Minnelli ? Entre Marcel Proust et Francis Bacon ? Entre les poux et la culture ? - Si pour Gilles Deleuze, faire de la philosophie, c’est créer des concepts, il y a bien aussi une vie propre du philosophe, qui se croise et se mêle à ses idées." (Version longue : 7h33, source : Éditions du Montparnasse - où l'on peut acquérir le set de 3 DVD).
***
Le 4 novembre 1995 disparaissait Gilles Deleuze, l’un des philosophes les plus importants de notre temps. Il n’existe aucun film qui lui soit consacré et il a toujours refusé de participer à une émission de télévision. Il était pourtant, de son vivant déjà, une sorte de star, par l’éblouissement qu’il provoquait chez tous ceux qui assistaient à ses cours et par la gloire que lui ont valu ses livres. - L’Abécédaire nous montre l’expérience d’une pensée à l’œuvre, d’une parole qui fit dire à Michel Foucault : « Une fulguration s’est produite, qui portera le nom de Deleuze… Un jour, peut-être, le siècle sera Deleuzien. » - Si pour Gilles Deleuze, faire de la philosophie, c’est créer des concepts, il y a bien aussi une vie propre du philosophe, qui se croise et se mêle à ses idées.
- Coréalisation : Elisabeth Coronel, Arnaud de Mezamat
- Commentaire : dit par Didier Sandre, Mireille Perrier
- Compléments : Qu’est-ce que l’acte de la création ? Une conférence de Deleuze sur le thème de la création au cinéma. Source > filmsdocumentaires.com


Entretien avec l'historien Eric Hobsbawm (2009)



NOTA BENE : En principe vous devriez être dérangé par un (désormais quasi inévitable) écran publicitaire... complètement indépendant de notre volonté ... bien sûr !

Eric Hobsbawm (92 ans), qui est parfois considéré comme le plus grand historien vivant,   prend position sur la crise dite financière et les changements intervenus dans l'histoire récente. Cet entretien en cinq parties avec le créateur du concept de la tradition inventée (Invention of Tradition, documenté ici) a été accordé à Sylvain Bourmeau pour Mediapart (2009);  il est mené en langue française, que l'intellectuel britannique maîtrise parfaitement.

samedi 22 mai 2010

Pierre Bourdieu dans l'émission Arrêt sur images (1996)


Cette émission du 20 janvier 1996 - le son de la vidéo se décale vers la fin, qui est un peu abrupte - a eu des suites, donnant lieu à une polémique entre le sociologue et l'animateur de télévision. - Il y eut d'abord l'article de Pierre Bourdieu :  Analyse d'un passage à l'antenne  dans le Monde diplomatique (avril 1996) puis, dans le même mensuel (en mai 1996), une réplique de Daniel Schneidermann : Réponse à Pierre Bourdieu. Le sociologue publia ensuite son "Sur la Télévision" (Raisons d'agir, Paris 1996) où il montre qu'il est impossible de critiquer la télévision à la télévision... - La chose eut encore un épilogue retracé dans le document Enfin Pris ? (2002) de Pierre Carles, qui a également réalisé un excellent film sur Pierre Bourdieu : La sociologie est un sport de combat (2001)

Michel Foucault à L'Université Catholique de Louvain (1981)

"Mal faire, dire vrai": entretien de Michel Foucault avec André Berten, Institut de criminologie, Université de Louvain (en 1981)...

vendredi 21 mai 2010

Jürgen Habermas : Le non illusoire de la gauche (Nouvel Observateur, 5/5/2005)

  
L’unification de l’Europe n’a longtemps été l’affaire que des élites politiques. Tant qu’ils en ont profité, les citoyens n’y ont rien vu à redire. Les résultats, jusqu’ici, ont suffi à donner au projet européen sa légitimité. Mais dans l’Europe des 25, confrontée à ses conflits d’attribution (sièges, postes, voix...), une telle légitimation au rendement ne permet plus que chacun y trouve son compte. Les citoyens rechignent à être dirigés de manière bureaucratique, et même au sein des États membres les plus europhiles la population se montre de moins en moins encline à tout accepter. En outre, le tandem franco-allemand est sorti de la cadence et n’est plus en position, désormais, de donner le sens de la marche.

Dans cette situation, le gouvernement français a eu le courage de soumettre la ratification de la Constitution à référendum. En tant qu’Allemand à qui la pusillanimité de son personnel politique a fait perdre toute illusion, j’envie la France. Cette République française a encore au moins conscience des critères démocratiques qui font sa tradition et en deçà desquels il convient de ne pas tomber. L’acte constituant s’accomplira dans la confrontation des opinions polarisées et des voix dissonantes, et par le décompte des oui et des non exprimés par les citoyens. Nous devrions donc être satisfaits par ces discussions où se mêlent toutes les voix, et dont la presse française nous transmet l’écho de ce côté-ci du Rhin nous le serions sans doute, n’était un petit problème. Nous qui portons nos regards vers la France par-delà nos frontières nationales nous rendons compte que c’est aussi notre Constitution qui risque d’être mise en échec par le vote des Français.
Certes, de la même manière, les Français sont dépendants du vote des Britanniques, des Polonais, des Tchèques et de tous les autres. Alors que normalement un peuple se prononce sur sa propre Constitution, la Constitution européenne ne pourra naître que du vote d’adhésion de vingt-cinq peuples et non de la volonté formée en commun par l’ensemble des citoyens européens. En effet, il n’existe toujours ni espace public européen, ni thématiques transfrontalières, ni discussions communes. Chaque vote se déroule donc au sein des frontières de son propre espace public national. Or une telle asymétrie est dangereuse, car la priorité accordée aux problèmes nationaux par exemple les reproches faits au président Chirac et au gouvernement Raffarin fausse le regard que l’on doit porter sur les problèmes effectifs posés par l’adoption ou le rejet de la Constitution européenne. Il faudrait au moins que les pour et les contre des autres nations aient également accès à chacun de nos espaces publics nationaux. C’est aussi en ce sens que je comprends l’invitation qui m’est faite de prendre position dans le débat électoral français.

A mon avis, une gauche qui, désireuse de dompter et de civiliser le capitalisme, se prononcerait contre la Constitution européenne le ferait au mauvais moment et en choisissant le mauvais côté. Il existe naturellement de bonnes raisons de critiquer le chemin pris par l’unification européenne. Jacques Delors et sa vision politique ont été mis en échec. C’est au contraire une intégration horizontale qui a eu lieu, avec l’instauration d’un marché commun et la création d’une union monétaire partielle. Et il est même vraisemblable que, sans cette dynamique des intérêts économiques, la perspective d’une union politique n’aurait sans doute jamais vu le jour. Il est vrai qu’une telle dynamique ne fait que renforcer la tendance à la dérégulation des marchés à l’échelle mondiale; pour autant, l’idée droitière et xénophobe selon laquelle l’abolition des frontières entraîne des conséquences sociales indésirables que l’on pourrait éviter par un repli sur les forces de l’État-nation est non seulement une idée suspecte pour des raisons normatives, mais encore tout à fait irréaliste. Une gauche digne de ce nom n’a pas le droit de se laisser contaminer par ce genre de réflexes régressifs.
La capacité de régulation de l’État-nation ne suffit plus depuis longtemps à faire pièce aux conséquences ambivalentes de la mondialisation économique. Ce qui est célébré aujourd’hui comme «modèle social européen» ne peut être défendu que si, dans le cadre même de l’Europe, la politique est capable de revenir à la hauteur des marchés. Ce n’est qu’au niveau européen que l’on pourra récupérer tout ou partie de la capacité de régulation politique de toute façon perdue au niveau de l’Etat-nation. Les membres de l’UE renforcent aujourd’hui leur coopération dans les domaines qui relèvent de la politique de sécurité – la justice, le droit pénal et l’immigration. Une gauche active et lucide dans sa politique européenne aurait déjà depuis longtemps incité à une harmonisation beaucoup plus poussée, y compris dans les domaines de la politique économique et fiscale.
A cet égard, la Constitution européenne a au moins le mérite d’offrir une telle latitude. Il faut que l’Union retrouve, après l’élargissement à l’Est, toute sa capacité d’action, or c’est un objectif que peut permettre d’atteindre la Constitution. Nous sommes actuellement mis en demeure de coordonner, dans cette Europe des 25, des intérêts divergents selon les procédures conclues à Nice, et il en est ainsi parce que l’Europe des 15 ne fut pas en mesure de se doter en temps voulu d’une constitution politique. Si nous devions en rester là après un rejet du projet constitutionnel, l’Union ne serait certes pas ingouvernable, mais elle retomberait à un niveau d’immobilité et d’impuissance décisionnelle dont les néolibéraux feraient leur miel – eux dont les intentions sont de ne pas aller au-delà du traité de Maastricht.
Une gauche qui entend tenir tête au régime économique néolibéral doit regarder plus loin que l’Europe. Face au consensus dominant qu’est en train d’arracher Washington, elle ne peut proposer une solution sociale-démocrate au sens large que si l’Union européenne est capable d’agir non seulement à l’intérieur, mais également à l’extérieur. Contre un libéralisme hégémonique qui associe élections libres et marchés libres et entend imposer ses vues à l’échelle mondiale – s’il le faut en solo et par les armes –, l’Europe doit, de toute façon, apprendre à mener une politique extérieure où elle parlera d’une seule voix.

La suite de l'article est ici, sa version originale (allemande)

Entretien avec Jürgen Habermas (Le Monde de l'Éducation, 2001)

Le Monde de l’éducation : Dans l’avant-propos à la première édition des Profils philosophiques et politiques consacrés à huit philosophes allemands qui ont marqué la pensée du siècle, vous écrivez que les philosophes et les philosophies des années 1930 prennent inévitablement place dans "la perspective de la préhistoire intellectuelle du nazisme". Vous êtes né en 1929 : comment votre pensée et vous-même avez-vous traversé ce "siècle des extrêmes" ?

Jürgen Habermas : Abstraction faite des turbulences de la dernière année de la seconde guerre mondiale, j’ai grandi dans ce qui me semblait être alors les conditions normales d’une petite ville du Massif rhénan. Pour l’enfant et le jeune garçon, c’est bien entendu le monde vécu familier – famille, voisinage, école – qui fixe les coordonnées de l’habituel et de l’inhabituel. Ce n’est que lorsqu’il est adolescent qu’il acquiert une certaine distance par rapport à ces évidences. Je n’avais pas encore seize ans lorsque les Américains sont arrivés. Et le contraste produit par les images et les informations qui m’ont assailli pendant l’été 1945 n’en a été que plus violent. Je n’étais pas préparé à voir au cinéma les images de ces squelettes ambulants qui se sont présentés aux Alliés lors de la libération du camp de Bergen-Belsen. Dans les journaux, j’ai lu ce chiffre inimaginable de six millions de juifs assassinés. Par la radio, j’ai pris connaissance des crimes dont il allait être question un peu plus tard à Nuremberg, j’ai entendu la voix des responsables qui niaient tout cela.
Si on admet, à la réflexion, que la normalité qu’offre l’environnement immédiat se désintègre de toute façon chez un jeune homme plutôt introverti à cet âge, il n’est guère étonnant que mes attentes en matière de normalité, après un tel choc, aient quelque peu tardé à se rétablir. On rumine cela sa vie durant. Ce qui, avant tout, s’est imposé à nous à cette époque, c’est la question qui ébranle encore aujourd’hui les jeunes gens qui lisent Goldhagen. En dépit de toutes les lumières qui nous ont été apportées par la science historique, il reste bien difficile de concevoir comment, dans un pays hautement civilisé, les contemporains ont collaboré, adhéré, ou même simplement assisté à cela en gardant le silence, alors même que, depuis le premier jour, le processus de ségrégation des juifs, la persécution des communistes et des sociaux-démocrates, les atteintes manifestes aux droits fondamentaux élémentaires, tout cela se déroulait au vu et au su de tous. D’une manière ou d’une autre, il y a là un traumatisme qui a marqué ma génération, et en particulier les intellectuels.
Chez moi, la méfiance à l’égard de cette tradition politique qui se comprend elle-même comme a-politique vient de cette époque. Je suis d’ailleurs resté très méfiant à l’égard du courant profond, hostile à la civilisation, propre à cet irrationalisme spécifiquement allemand qui fascine si singulièrement un certain nombre d’amis français. Je me souviens de la première soirée avec Foucault à Paris. Nous parlions cinéma, or les auteurs allemands pour lesquels se passionnait Foucault, c’était Syberberg et Herzog – c’est-à-dire des cinéastes se rattachant à un romantisme conservateur –, et non Schlöndorff ou Kluge – nettement plus progressistes.
Le changement de perspective qui s’est produit en 1945 et qui a éclairé d’un jour nouveau tout ce qui m’avait jusque-là paru normal et banal m’a pour ainsi dire vacciné contre ce que pouvaient avoir de séduisant certains thèmes et certaines tournures d’esprit – contre le pathos de la décision, l’héroïsme suffisant et la mentalité de lieutenant jeune-conservateur dont pouvaient se prévaloir des gens comme Ernst Jünger, Hans Freyer et Arnold Gehlen. La rhétorique prétentieuse et l’ivresse des profondeurs dont se délectent les nietzschéens me répugne tout autant que l’ostentation avec laquelle le mandarinat associait dans une attitude élitiste l’allemand et le grec ancien. Les traces de ce platonisme funeste qu’on cultivait dans l’ancien lycée allemand me dégoûtent d’ailleurs tout autant quand je les retrouve dans les spéculations de Walter Benjamin sur la "violence fondatrice" ou dans les jongleries intellectuelles de Marcuse sur la dictature pédagogique. Mon propre développement intellectuel ne peut guère s’expliquer hors de la confrontation qui, ma vie durant, m’a opposé à des figures telles que Heidegger ou Carl Schmitt.
Le national-socialisme a pu d’autant moins recourir à des ressources qui lui étaient propres qu’était vaste le réservoir d’idées dans lequel il pouvait puiser. La corruption morale de l’Université allemande à partir de 1933 ne s’explique que par cette multiplicité d’affinités intellectuelles que plus personne n’a voulu admettre après 1945. Après la guerre, il était devenu impossible de s’approprier nos traditions sans un examen préalable. J’ai, quant à moi, considéré ce travail de discernement, de "critique" au sens littéral, également comme un devoir professionnel – ce qui me vaut encore des horions aujourd’hui. On reproche aux gens comme moi un "nationalisme négatif", on dit que nous empoisonnons ce qui nous est "propre", que nous sur-moralisons, ou encore que nous avons effectué un changement de camp douteux en nous "identifiant aux victimes".
Si, en 1989, on a procédé à un changement des élites, cela n’avait pas été fait en revanche en 1945, ce qui a entraîné des continuités mentales qui sont restées intactes jusque dans les années 1960 et 1970. Un tel arrière-plan permet de comprendre que ma génération a, me semble-t-il, contribué plus que les autres à ouvrir intellectuellement la République fédérale à l’Ouest.

Jacques Poulain rencontre Jürgen Habermas (1997)

Présentation de Jacques Poulain

Rien n'est plus étranger à Jürgen Habermas qu'une conception ésotérique de la philosophie. Il refuse l'idée que le travail de la réflexion soit nécessairement une activité accessible à quelques uns. La pensée n'est donc pas, à ses yeux, réservée à une minuscule élite. Elle doit influencer son temps, se mêler à sa façon aux affaires du monde. Dès les années 50, alors qu'il était encore étudiant, le jeune philosophe publiait, à côté de ses travaux de recherche, de nombreux articles dans les journeaux. Son activité publique n'a jamais cessé de se conjuguer à ses méditations philosophiques, non pas simplement comme deux faces d'une même personnalité mais bien comme une cohérence évidente qui rend indissociables et complémentaires "connaître" et "agir".
Loin des tours d'ivoire et de la seule contemplation des vérités théoriques, Habermas s'est toujours attaché à faire partager ses convictions de la manière la plus large possible. Le souci de contribuer à une transformation de l'opinion publique internationale est au coeur de ses analyses. S'il ne saurait être question de rappeler en quelques phrases la matière d'une trentaine de volumes déjà publiés, on peut tenter de mettre en lumière quelques points essentiels de ses analyses présentes, avec l'aide du philosophe lui-même.



Une première demande s'adresse à l'auteur de Droit et démocratie (Paris, Gallimard, 1997)
J.P. Pourquoi revenir aujourd'hui sur l'idée de démocratie? Ne sagit-il pas d'une notion suffisamment claire et bien établie?
J.H. -Au contraire, répond Jürgen Habermas, il importe au plus haut point de savoir comment on peut se représenter qu'une société, aujourd'hui encore, agisse sur elle-même de façon démocratique. Sans doute le noyau de l'idée démocratique est-il tout à fait clair. Rousseau l'avait déjà formulé nettement: la vie politique commune doit être organisée de telle sorte que les destinataires du droit en vigueur puissent se considérer en même temps comme ses auteurs. C'est bien sur cette notion que se fonde l'État constitutionnel moderne. Cet État se définit à ses propres yeux comme une association volontaire de citoyens libres et égaux qui veulent régler leur vie en commun de façon légitime et recourent pour ce faire au droit positif.
La question qui s'impose à nous aujourd'hui est de savoir si une telle idée n'est pas nécessairement tenue en échec par la complexité des sociétés. Or l'idée démocratique doit évidemment rester en contact avec la réalité si elle veut continuer à inspirer la pratique des citoyens et des hommes politiques, de même que celle des juges et des fonctionnaires. Si cette idée n'avait plus de lien avec la réalité, comme beaucoup le pensent à présent, il existerait alors seulement des individus privés et des partenaires sociaux, mais il n'y aurait plus, à proprement parler, de citoyens. En ce cas, on n'aurait plus affaire, dans la vie commune, qu'à des options individuelles, et non aux libertés de citoyens soumis à une pratique commune. On verrait se reconstituer sous une nouvelle forme le fatalisme qui régnait jadis dans les anciens royaumes, avec cette différence que ce ne serait plus des dieux qui régleraient les destins. Les marchés indiqueraient les possibilités entre lesquelles on aurait à se décider, chacun pour soi, en se pliant à la logique de l'économie d'entreprise et à ses exigences d'adaptabilité.
J.P. Où trouver une autre façon de comprendre la démocratie, qui tienne compte de la complexité des sociétés présentes? Pour Jürgen Habermas, la solution est à chercher dans une nouvelle élaboration de l'autodétermination politique. Elle devrait correspondre à la réalité de la communication dans le monde contemporain, tout en préservant l'existence effective des citoyens et leur rôle actif. C'est pourquoi il convient de repenser positivement le rôle des médias de l'ère électronique.
J.H. -Si les médias exercent un nouveau type de pouvoir, qui demande évidemment à être contrôlé, ils ont en même temps l'avantage de rendre possible la communication simultanée d'un nombre infini de personnes qui ne se connaissent pas et sont très éloignées les unes des autres.
Un espace public de ce genre est une arène aux frontières fluides, où quelques acteurs lancent des mots-clefs, se saisissent des thèmes et y apportent leur contribution, tandis qu'un public dispersé, traversé de voix multiples, peut prendre position, au même moment, par "oui" ou par "non". Aujourd'hui, l'espace public d'un pays voit se raccorder à lui de nombreux espaces publics différents en fonction des médias, des sujets, des personnes et des lieux. Pour former démocratiquement l'opinion publique, cet espace politique doit parvenir à intégrer les voix marginales. Il doit pouvoir se constituer comme une caisse de résonnance des problèmes sociaux globaux, en étant réceptif aux impulsions émanant des mondes vécus privés. Car nous, les citoyens moyens, nous tirons le bilan des problèmes sociaux dans la monnaie de nos expériences vécues, que ce soit comme membres d'une communauté, comme clients, comme usagers ou consommateurs.
Lire la suite sur le site québéquois agora

Nota 1 : Jacques Poulain nous a autorisés à publier son essai intitulé :  Mondialisations culturelles et dialogue transculturel (2006)

Nota 2 : En faisant une recherche  "Jacques Poulain" sur le site mondialisations.org, vous trouverez d'autres articles de cet auteur.

Heidegger Links

Sein und Zeit (1927, ed. 1967, Deutsch, PDF) - Être et Temps (trad. E. Martineau, PDF) - Qu'est-ce que la métaphysique ? (1929, PDF) - Was ist Metaphysik? (1929, Deutsch, PDF) - Qué es metafísica? (1929, PDF) - The self-assertion of the German university (1933, "Rektoratsrede" in English, PDF) - Die Technik und die Kehre (1962, Deutsch, PDF) - Die Frage nach der Technik (1953, Deutsch, PDF) - Der Satz vom Grund (Deutsch, PDF) - Hölderlins Hymne „Der Ister“ (PDF) - "Red Heidegger" (Deutsch, english, castellano, Universidad de Chili) - Heidegger en castellano (Argentine) - El origen de la obra de arte (PDF) - Kant and the Problem of Metaphysics (1929, PDF) - Discourse on Thinking (Gelassenheit, English, 1959) - Heraclitus Seminar (1966/67, English) - Interview 1966 (by Der Spiegel, English) - Spiegel Interview (Auszüge, Deutsch, PDF) - Heidegger sur Google Books - ...

Le Monde des Livres : Entretien avec Peter Sloterdijk

 LE MONDE DES LIVRES | 20.05.10 | 18h42
   

MdL : Vos livres mêlent élaboration philosophique et expérimentation stylistique. Dans Le Penseur sur scène (Christian Bourgois, 1990), vous brossez d'ailleurs un portrait de Nietzsche en poète du concept, vous montrez qu'il y a chez lui "une intrication plastique de ses langages et de ses forces"...

PS : Oui, et le secret de mon fonctionnement se trouve aussi dans cette formule. Je n'ai jamais accepté le monolinguisme du discours, j'ai toujours privilégié une pluralité des langues. A mes yeux, la littérature n'est pas un instrument, c'est un milieu, et la prose philosophique admet un élément de lyrisme, comme chez Camus, que j'aime beaucoup depuis ma jeunesse.

D'ailleurs, ma femme m'a souvent dit : "Il faut que tu écrives des romans ! Faire de la philosophie, c'est jeter de la confiture aux cochons !" J'ai essayé, en vain, de lui expliquer qu'écrire de la philosophie est ma réponse à la situation du roman moderne : comme la plupart des personnages du roman contemporain sont ennuyeux, mieux vaut raconter le destin passionnant des concepts - ce que j'ai fait dans ma trilogie Sphères.

MdL : Vous avez commencé par des études de lettres et de philosophie. Donc, d'emblée, il y a eu chez vous ce va-et-vient, cette double vocation...

PS : Après la guerre, le lycée allemand était une fabrique d'illusions où les classiques étaient de retour. Non seulement Goethe et Schiller, mais aussi Rimbaud et Mallarmé, Saint-Exupéry et Sartre : tous étaient nos contemporains. Ils ont semé l'illusion que l'on peut mener une existence hybride - engagée et dégagée en même temps. A l'âge de 20 ans, j'ai rencontré la théorie du roman de Georg Lukacs.

Selon lui, la situation de l'homme moderne est celle d'un "sans-abri métaphysique". Le romancier exprime la façon dont on peut se tenir dans un monde sans assurance métaphysique. Les héros du roman moderne sont des êtres vivants qui cherchent leur chemin dans le brouillard. Bref, pour être philosophe, il faut devenir un personnage de roman.

MdL : L'êtes-vous devenu vous-même ?

PS : Durant mes études, je n'avais aucune vocation. Seulement le sentiment précis qu'il fallait attendre. Je me suis permis une longue période d'hésitation. C'est le privilège de ceux qui étaient jeunes en 1968 : on pouvait faire grève contre les fonctions officielles. Tout le monde nous disait : "Un jour, il faut se rendre utile !" Notre génération répondait : "Jamais !" Cette vie de bohème serait inconcevable aujourd'hui : on pouvait voyager, lire, psychanalyser, étudier les signes qui annonçaient la "révolution".

Nous étions des écrivains à la recherche d'un sujet de roman. Comme la philosophie académique était du côté de l'idiotie professionnelle, elle représentait précisément l'attitude qu'on refusait. Ce qu'on voulait, c'était mener une vie littéraire. Aujourd'hui, le moment propice à cette hybridation semble passé, l'écrivain-philosophe a disparu. Le professionnalisme et l'institutionnalisme ont rongé cette illusion merveilleuse. Je suis le survivant d'une époque qui n'aura plus guère de conséquences dans l'avenir...

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jeudi 20 mai 2010

Finkielkraut - Badiou

Après avoir ramené ces jours-ci le frénétique Paul Virilio sur le plateau de "Ce soir ou jamais", le très philosophique Frédéric Taddeï réunit ce soir les deux dissemblables Alain (Badiou et Finkielkraut). Ce dernier est omniprésent dans les médias, l'autre y brille par son absence. Il est d'autant plus intéressant de l'entendre se prononcer sur certains sujets d'actualité proposés par l'animateur, à commencer par les apéros géants qui défrayent actuellement la chronique. Finkielkraut y va de sa sempiternelle moralisation quand Badiou ne voit pas d'inconvénient aux rassemblements et attroupements, même s'il préfère (au charme crépusculaire des cafés dépeint par F.) les prises de la Bastille, partie intégrante du "charme français", selon lui. On passe ensuite à la situation de la Grèce : "Le communisme n'est pas une solution", s'empresse de conclure F. D'ailleurs il ne cesse de citer des références pour appuyer ses propos : Hans Magnus Enzensberger, Hanna Arendt à l'instant, puis Jan Patocka ("disciple de Husserl", précise-t-il encore)... Et sa manière de parler : quasi hystérique, maniérée, empruntée.... Par contraste, le calme de B. est au vrai sens du mot "reposant" : la sérénité de la vieillesse qui n'a rien perdu de ses engagements (face à tous ces retourneurs de veste dont la scène est remplie, à qui l'on a envie de demander : Vous vous êtes trompés quand vous étiez jeunes, qu'est-ce qui nous dit que vous ne vous  [nous] trompez pas à nouveau ?)...  Et le voilà encore de pérorer sur la "civilisation française" (en pleine crise de l'euro). A quoi B. de répliquer: "Nous n'aimons pas la même France"...

On peut revoir l'émission pendant une quinzaine...

Best of INA


retrouver ce média sur www.ina.fr
M. Foucault, 1966 ("Les Mots et les Choses")


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C. Lévi-Strauss, 1972


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Vladimir Jankelevitch, 1980 ("A quoi servent les philosophes ?")


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J. Derrida, 1982 (retour de Tchécoslovaquie)

mercredi 12 mai 2010

René Schérer


LE MARTEAU DELEUZIEN. D'autres vidéos ici

mardi 11 mai 2010

La Recherche sur Néandertal

Le séquençage de presque deux tiers du génome de Neandertal révèle qu’il s’est mélangé avec Homo Sapiens.

Les paléoanthropologues et les paléogénéticiens d’une équipe internationale menée par Svante Pääbo, de l’Institut Max Planck à Leipzig, en Allemagne ont séquencé 60% du génome nucléaire de Neandertal. Ils ont d’abord identifié les fossiles de trois femmes Néandertaliennes datant de 38 000 ans et issus de la même grotte, à Vindija, en Croatie. Puis, ils ont séquencé l’ADN de leurs chromosomes : 4 milliards de bases, qui, remises bout à bout, recouvrent une bonne partie de leur génome. En comparant celui-ci à ceux de cinq individus vivants, issus de différentes régions du monde, ils ont montré que les populations eurasiatiques actuelles, contrairement aux populations africaines, renferment des traces du patrimoine génétique de l’homme de Neandertal.

publié le 11 mai 2010

dimanche 9 mai 2010

Jean-Paul Sartre par lui-même (1976)


Sartre par lui-même - Documentaire réalisé par Alexandre Astruc et Michel Contat (1976)

jeudi 6 mai 2010

Jacques Bouveresse à 25 ans en Mai 68



Le philosophe J. Bouveresse - comme d'ailleurs son futur collègue au Collège de France, Pierre Bourdieu - est d'origine "modeste", comme il le signale ici (curseur à ~3'10"). Or, s'il porte en lui la contestation de l'ordre "bourgeois" (capitaliste), il ne s'est jamais laissé aller à la facilité de l'existence médiatique où il faut en effet "philosopher au marteau" (Nietzsche, cité par M. Onfray) pour se faire entendre.

[English] Slavoj Žižek - What does it mean to be a revolutionary today? Marxism 2009




Bonus : Slavoj Žižek on Ecology and Nature

Balibar, Badiou, Deguy et Nancy sur les attaques de Freud

Attaques sur Freud ou la philosophie au bulldozer

par ETIENNE BALIBAR, ALAIN BADIOU, MICHEL DEGUY, JEAN-LUC NANCY
(in "Libération", 3/05/2010, lien ci-dessous)


Ce qui nous gêne dans le récent assaut mené contre Freud n’est pas qu’on nous propose critique et discussion, tant historique que théorique. C’est plutôt qu’en vérité la charge massive et qui se veut accablante fait disparaître son objet même. «Freud», ce n’est ni simplement une vie, ni simplement une doctrine, ni simplement une éventuelle secrète contradiction des deux. Freud, c’est un travail de pensée, c’est un effort - particulièrement complexe, difficile, jamais assuré de ses résultats (moins sans doute que la grande majorité des penseurs, théoriciens, philosophes, comme on voudra les nommer) - et c’est un effort tel qu’il n’a pas cessé d’ouvrir, au-delà de Freud lui-même, un foisonnement de recherches dont les motifs ont été de très diverses manières de demander : «Au fond, de quoi s’agit-il ? Comment peut-on travailler plus avant cette immense friche ?»

Nous n’entrons pas ici dans le débat technique, historique, épistémologique. D’autres sont mieux qualifiés pour le faire. Ce que nous voulons dire est plus large. En effet, il en va de même pour Freud que pour Kant au gré de M.Onfray qui croit avoir hérité du marteau de Nietzsche (auquel d’ailleurs, heureusement, Nietzsche ne se réduit pas). On prélève, figé, ce qui sert la thèse et on ignore avec superbe tout ce qui chez l’auteur et après lui a déplacé, compliqué voire transformé la donne. Mais en vérité, c’est la philosophie tout entière qui est soumise à ce traitement. Faisant jouer un ressort bien connu, on dénonce la domination des «grands» et l’abaissement où ils ont tenu les «petits», vifs et joyeux trublions de l’austère célébration de l’«être», de la «vérité» et de toutes autres machines à brimer les corps et à favoriser les passions tristes. On sera donc hédoniste (un «isme» de plus, c’est peu prudent, mais on n’y prend pas garde) et on secouera d’un rire dionysiaque la raide ordonnance apollinienne de ce qui se donne comme «la» philosophie. Nietzsche, pourtant, est bien loin de seulement opposer Dionysos et Apollon : mais ici comme ailleurs, on ne va pas se compliquer les choses, il faut seulement frapper.

On ne veut rien savoir de ceci, que les philosophes n’ont jamais cessé d’interroger, de mettre en question, de déconstruire ou de remettre en jeu «la» philosophie elle-même. En vérité, la philosophie, loin d’être succession de quelques «vues» ou «systèmes», est toujours d’abord relance - et relance sans garantie - d’un questionnement sur elle-même. Cela s’atteste avec chaque «grande» pensée. C’est pourquoi il n’est jamais simplement possible de déclarer qu’on tient la vraie, la bonne «philosophie».

Encore moins est-il possible de réduire une œuvre de pensée à néant lorsqu’elle a fait ses preuves de fécondité - bien entendu, avec toutes les difficultés, incertitudes, apories ou défaillances que cette même fécondité fera déceler. Mais notre déglingueur n’en a cure : ce qui lui importe, c’est de dénoncer, de déboulonner et de danser gaiement sur les statues qu’il suppose effondrées. Comme il se doit, cela fait du bruit, cela attire les chalands et avec eux ce qu’on appelle les médias ravis de trouver du scandale aussi dans les imposantes demeures de la «pure pensée».

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À titre d'information, voici encore le lien sur le (pseudo-) dialogue entre Jacques Alain Miller et Michel Onfray...

Et signalons par la même occasion les documents sonores (en français) de Jacques Lacan sur le site (anglophone) ubu.com, où l'on trouvera également le film Télévision (Benoît Jacquot, 1973, interview du "maître" menée par Jacques Alain Miller, son gendre).

Le Nouvel Observateur sur Le Livre Noir de la Psychanalyse

Après le livre de Michel Onfray (« Le Crépuscule d'une idole. L'affabulation freudienne » chez Grasset), on s'intéresse évidemment au "Livre Noir de la Psychanalyse" (Vivre, penser et aller mieux sans Freud, Les Editions des Arênes, Catherine Meyer, éd.) sur lequel il s'appuie. Voici ce qu'en disait "Le Nouvel Obs" (1/09/2005) :

"En 800 pages, une quarantaine d’experts de dix nationalités différentes - psychiatres, historiens ou philosophes - s’attaquent aux dogmes psychanalytiques et mettent en doute son efficacité thérapeutique. Un livre iconoclaste qui suscite la discussion...

Une efficacité douteuse
Patrick Légeron, psychiatre

Chacun le sait, les Français sont champions du monde de la consommation d’antidépresseurs et de tranquillisants. Ce que l’on sait moins, c’est la place prépondérante qu’occupe la psychanalyse dans notre pays. Les plus récentes enquêtes indiquent qu’environ les trois quarts des psychiatres français se réfèrent aux théories psychanalytiques dans la prise en charge de leurs patients. […]

Ces deux exceptions françaises ont un point commun important: la faible reconnaissance et la faible implantation des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) dans notre pays. La publication en février 2004 d’un rapport de l’Inserm sur l’évaluation des psychothérapies a été un véritable pavé jeté dans la mare des psys. Certains se sont étonnés de découvrir que, à l’analyse d’un millier de travaux et recherches scientifiques rigoureux sur les traitements psychologiques des troubles mentaux, il apparaissait que la psychanalyse n’avait pas fait la preuve d’une grande efficacité. D’autres ont crié au scandale et reproché à l’Inserm d’avoir participé à une «escroquerie scientifique» ou d’avoir été «manipulé par les comportementalistes», en ignorant superbement qu’au niveau international de nombreux rapports allaient dans le même sens (par exemple le rapport de l’Organisation mondiale de la Santé publié dès 1993).

Tous ceux qui font de la «médecine basée sur les preuves» leur référence savent depuis plus de dix ans que les TCC sont quasiment les seuls traitements psychologiques validés scientifiquement pour les troubles dépressifs et la grande majorité des troubles anxieux, pathologies pour lesquelles justement les psychotropes sont très (trop?) largement prescrits. […] La France est devenue ainsi quasiment le seul pays avancé où, institutionnellement, entre le Prozac et le divan, il n’y aurait place pour rien!

Cette situation exceptionnelle est favorisée par un étonnant retour de l’obscurantisme dans la psychiatrie française. Le ministre de la Santé annonce à Paris, le 5 février 2005, devant un parterre de psychanalystes lacaniens, qu’il fait retirer du site de son ministère le rapport de l’Inserm (un an après sa publication), en ajoutant: «Vous n’en entendrez plus parler!»"

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Et voici la prestation très médiatique de M. Onfray dans le talk show de L. Ruquier (8 mai 2010)