Jacques Derrida sous-titré en grec ! - La vidéo démarre de façon quelque peu abrupte, le générique intervient à la fin du document de 52mn. L'entretien conduit par Didier Eribon en 1989 a apparemment lieu dans le jardin du penseur de la Déconstruction.
lundi 18 février 2013
dimanche 10 février 2013
Bernard Stiegler à Epineuil-le-Fleuriel
C'est en suivant ce lien - http://pharmakon.fr/wordpress/ - que vous pouvez retrouver les enregistrements audiovisuels des séminaires que donne Bernard Stiegler à Epineuil-le-Fleuriel depuis septembre 2010 : "En 2010/2011 il a porté sur le Banquet de Platon et en 2011/2012 sur la République", précise le site. Et si vous êtes dans le coin, la dernière séance de la session actuelle a lieu le 16 février 2013 (sauf indication contraire à 15 heures à la Maison Ecole du Grand-Meaulnes, 18360 Epineuil-le-Fleuriel)
2012-2013 – Cours n° 1 – 10 novembre 2012
lundi 28 janvier 2013
Bachelard : "Portrait d'un Philosophe"
Quelques minutes avec un homme d'exception : comment l'un de nos penseurs médiatiques contemporains peut-il encore se prévaloir du titre de Philosophe après avoir vu cela ?
Portrait d'un philosophe
Cinq colonnes à la une - 01/12/1961 - 09min35s
Texte de présentation de l'INA :
Gaston Bachelard, ancien professeur de philosophie à la Sorbonne, a reçu récemment le prix national des lettres. Nous le découvrons près de la place Maubert où il vit dans une petite pièce dont il ne sort presque plus. Avec humour, il nous parle de sa vie, de son amour pour les choses simples et "naturelles". Il dément l'idée que l'on se fait souvent à tort d'un philosophe, en dévoilant la partie de son personnage qui a toujours eu aussi les pieds sur terre.
mardi 6 mars 2012
Pierre Bourdieu sur la télévision
Voici un exposé du sociologue Pierre Bourdieu (1930-2002) sur le médium télévision dans son bureau du Collège de France, et diffusé par cette institution. Pas à la télévision, bien sûr, où le penseur s'est fait rare : les raisons qui l'ont poussé à éviter ce médium apparaissent clairement dans cette analyse proposée en 1996 (réalisation : Gilles l'Hôte). - La même année, Pierre Bourdieu avait fait paraître son petit essai Sur la télévision (éd. Liber-Raisons d'agir, Paris, 1996).
Ces réflexions ont été précédées ou accompagnées par la polémique avec le journaliste Daniel Schneidermann, qui dirigeait alors l'émission Arrêt sur images (France 5), sur la possibilité (DS) ou l'impossibilité (PB) de critiquer la télévision à la télévision. L'émission avec Pierre Bourdieu et les liens sur les articles des deux contradicteurs dans le Monde Diplomatique se trouvent ici-même. - Dans son article, Pierre Bourdieu écrit par exemple : « Arrêt sur images », La Cinquième, 23 janvier 1996. L’émission illustrera parfaitement ce que j’avais l’intention de démontrer : l’impossibilité de tenir à la télévision un discours cohérent et critique sur la télévision. Prévoyant que je ne pourrais pas déployer mon argumentation, je m’étais donné pour projet, comme pis-aller, de laisser les journalistes jouer leur jeu habituel (coupures, interruptions, détournements, etc.) et de dire, après un moment, qu’ils illustraient parfaitement mon propos. Il aurait fallu que j’aie la force et la présence d’esprit de le dire en conclusion (au lieu de faire des concessions polies au « dialogue », imposées par le sentiment d’avoir été trop violent et d’avoir inutilement blessé mes interlocuteurs). [lien direct sur l'article]
Dix ans après sa disparition le 22 janvier 2002, la sincérité et la lucidité de ce penseur atypique manquent toujours autant à une pensée contemporaine de plus en plus molle et bien pensante, quand elle ne sombre pas franchement dans le populisme ou le culte de la médiatisation.
Dix ans après sa disparition le 22 janvier 2002, la sincérité et la lucidité de ce penseur atypique manquent toujours autant à une pensée contemporaine de plus en plus molle et bien pensante, quand elle ne sombre pas franchement dans le populisme ou le culte de la médiatisation.
lundi 5 mars 2012
Heidegger en France
On s’apercevra d’une obsession majeure dans la pensée philosophique en France, qui tient en un seul nom propre : Heidegger ! La pensée française du 20e Siècle a pourtant été l’une des plus fécondes que l’on puisse imaginer (on nous dispensera de name dropping) : pourquoi alors s’en référer – sans toujours comprendre l’original – à un philosophe dont tout semble indiquer qu’il a accueilli favorablement l’avènement de l’un des régimes politiques les plus meurtriers de l’histoire ? A-t-on essayé de comparer, si possible dans le texte, les idées exprimées dans “Was ist Metaphysik?” (1929) – une sorte de condensé de son œuvre majeure “Sein und Zeit” (1927) – avec le tristement célèbre “Discours du rectorat” (1933) ? Etudié les relations qu’entretenait le “disciple” avec son maître Husserl pendant le fascisme ? La rature de la dédicace de Sein und Zeit en est le symbole et le symptôme. – Il y a eu le livre de Victor Farias (Heidegger et le nazisme, Verdier 1987, réédité en Livre de Poche, cf. notamment pp. 150 et ssq.). Mais il y a surtout eu Auschwitz, et le livre marquant du survivant Primo Levi, Si c’est un homme (Si questo è un uomo, 1947). Comment un philosophe qui – en 1933 ex cathedra – prône le “Führerprinzip” – où le ralliement à la nouvelle “idéologie allemande” n’est que trop évidente – a-t-il pu se taire lorsque les atrocités commises ont été connues du monde entier ? Comment est-ce possible de laisser – par le silence – subsister le doute ? – “Je me suis trompé, je ne savais pas !” Voilà ce que l’on était en droit d’attendre d’un homme public qui s’était pour le moins compromis avec le régime. Mais il n’y a rien eu. Nichts. – Interdit d’enseignement par les autorités en charge de la “dénazification” en Allemagne, il fut accueilli à bras ouverts en France où l’on digérait, tant bien que mal, l’Occupation et ses ambiguïtés. C’est cette réception positive de Heidegger (mais aussi de Jünger) au pays de Gobineau, Maurras et Barrès, qu’il faudrait interroger. [...]
L'intégralité de cet article (révisé) est désormais publié à l'adresse suivante :
vendredi 10 février 2012
Jacky Derrida (1946 ou 47)
Une photo de classe, montrant les élèves de 1ere (1946/47) au Lycée Ben-Aknoun d'El Biar (banlieue d'Alger), photo retrouvée par Monique Hugues Bonnet et publiée ici. Au troisième rang en partant du bas, Jacky Derrida est le troisième élève à partir de la gauche (cliquer sur la photo pour l'agrandir).
mardi 3 janvier 2012
Sollers sur Cioran
Philippe Sollers
Noir Cioran
La scène se passe en Roumanie dans les années 1930 du XXe siècle, c'est-à-dire nulle part. Il y a là un fils de pope particulièrement brillant et agité : Cioran. Il souffre, il déteste son pays, il suffoque, il n en peut plus, il rêve d'un grand chambardement révolutionnaire, il est mordu de métaphysique mais son corps le gêne, il désire de toutes ses forces un violent orage. Le voici: c'est Hitler. A partir de là, crise radicale : Cioran appelle son pays à une totale transfiguration. Il a 22 ans à Berlin, la fascination a lieu, il s'engage : «Celui qui, entre 20 et 30 ans, ne souscrit pas en fanatique, à la fureur et à la démesure, est un imbécile. On n'est libéral que par fatigue.»
Le ton est donné, et l'embêtant est que cet enragé très cultivé est plein de talent. Il a besoin de folie, dit-il, et d'une folie agissante. Il fait donc l'éloge de l'irrationnel et de l'insensé, il a envie de faire sauter les cimetières, il nie, en oedipe furieux, le christianisme mou de son curé de père, il prend le parti de sa mère, pas croyante, mais qui fait semblant.
On se frotte les yeux en lisant aujourd'hui les articles de Cioran dans «Vremea», journal roumain de l'époque : «Aucun homme politique dans le monde actuel ne m'inspire autant de sympathie et d'admiration que Hitler.» La transposition locale s'appelle la Garde de Fer, sa brutalité, son antisémitisme rabique, ses assassinats crapuleux. Comment cet admirateur futur de Beckett, bourré de lectures théologiques et mystiques, a-t-il pu avaler la pire propagande fasciste (la terre, l'effort, la communauté de sang, etc.) ? En 1940 encore, Cioran fait l'éloge du sinistre Codreanu, dit «le Capitaine» (qui vient d'être liquidé), en parlant de son héroïsme de «paysan écartelé dans l'absolu» et se laisse aller à cette énormité : «A l'exception de Jésus, aucun mort n'a été plus vivant parmi les vivants.» On comprend que longtemps après sa fugue magistrale en France, ayant rompu avec ce passé délirant, il ait été surveillé par la grotesque police secrète communiste roumaine, la Securitate, avec des comptes rendus dignes du Père Ubu.
Aucun doute, Cioran a été messianique, et il va d'ailleurs le rester, de façon inversée, dans le désespoir. Sa conversion éblouissante à la langue française va lui permettre cette métamorphose. Dès le «Précis de décomposition» (1949), ne voulant plus être le complice de qui que ce soit, il devient un intégriste du scepticisme, un terroriste du doute, un dévot de l'amertume, un fanatique du néant. En grand styliste de la négation, et avec une intelligence d'acier, il sait où frapper. Son «De la France» annonce parfaitement son projet. La France, écrit-il, s'enfonce dans une décadence inexorable, elle est exténuée, elle agonise, et je vous le prouve, moi, Cioran, en écrivant mieux qu'aucun Français, et en procédant à la dissection d'un cadavre. «Les temps qui viennent seront ceux d'un vaste désert; le temps français sera lui-même le déploiement du vide. La France est atteinte par le cafard de l'agonie.» Ou encore : «Lorsque l'Europe sera drapée d'ombre, la France demeurera son tombeau le plus vivant.» Etrangement, les Français vont beaucoup aimer ces oraisons funèbres, alors que si un Français leur dit, pour les ranimer, qu'ils sont moisis, ils le prennent très mal. Cioran est extrêmement conscient de son rôle de vampire intellectuel, mais comme il souffre comme un martyr du simple fait d'être né (alors que, dans la vie, c'était le plus gai des convives), on le plaint, on l'adore. C'est entendu, tout est foutu, l'homme devrait disparaître, et je me souviens de sa charmante dédicace à mon sujet, qui valait condamnation définitive : «Vivant ! Trop vivant !»
Suite et fin sur le site de Philippe Sollers
lundi 2 janvier 2012
Apostrophes : Jünger - Sartre - Céline
Voici une "playlist" composée d'une interview d'Ernst Jünger, datant de 1981, sur son rôle d'occupant allemand à Paris, puis un débat sur les relations entre Sartre et Céline, le tout orchestré par le très vif Bernard Pivot ... Suit une discussion tenue à l'occasion du cinquantenaire de la mort de Céline (2011) dans l'émission "La Grande Librairie" (France 5), modérée par François Busnel, avec notamment Philippe Sollers et l'acteur "célinien" Fabrice Lucchini ..
dimanche 11 décembre 2011
Emil Cioran
Emil Cioran ( 8 avril 1911, Rășinari, Roumanie - 20 juin 1995, Paris )
photo trouvée sur Flickr
Voir aussi l'excellent documentaire sur la vie de Cioran
photo trouvée sur Flickr
Voir aussi l'excellent documentaire sur la vie de Cioran
vendredi 9 décembre 2011
Roger-Pol Droit sur Georges Canguilhem
Voici un article de Roger-Pol Droit sur Georges Canguilhem, paru dans Le Monde des Livres (8/12/11)
"Ecrits philosophiques et politiques (1926-1939). Œuvres complètes, tome I", de Georges Canguilhem - "Le tranchant de maître Cang"
Chez les philosophes, on l'appelait "le Cang". Ses jugements étaient redoutés autant que révérés. Sa légende mêlait intransigeance, exactitude et exigence, des vertus souvent oubliées par les philosophes contemporains. Raymond Aron, dans ses Mémoires, s'en est souvenu : "Parfois il terrifiait les étudiants, mais il fut toujours respecté par eux." Si de ce maître on connaissait le mordant, la lucidité sans compromis, on admirait son savoir jamais pris en défaut et, plus encore, sa réserve souveraine. Comme il avait depuis toujours choisi la cohérence et la rigueur, comme il haïssait les démagogues, les hâbleurs et les bateleurs, Georges Canguilhem cultivait avec soin une modestie extrême. De lui, on ne savait que le minimum : enfant de la campagne, élève d'Alain, normalien avec Sartre et Nizan, directeur de l'inspection générale de philosophie en 1948, professeur à la Sorbonne de 1955 à 1971. Sans oublier l'essentiel : quelques études devenues classiques sur la naissance du concept de réflexe, le normal et le pathologique, la connaissance du vivant. Mais guère plus.
Ses dernières volontés n'arrangent rien : aucun hommage, aucune cérémonie, aucune "société des amis de..." Et aucun inédit ! Pareil sens du retrait a évidemment nui à la connaissance de sa vie comme à la reconnaissance de son oeuvre. Cet homme n'aurait dit à personne qu'il était un héros de la Résistance, responsable des réseaux Libération-Sud, organisateur d'hôpitaux de campagne pour les combattants clandestins. Ce philosophe, "normalien-paysan", était aussi médecin et avait mis son savoir au service des maquisards. Mais lui, pour évoquer les années de guerre, préférait célébrer la mémoire de Jean Cavaillès, l'un de ses condisciples philosophes de la rue d'Ulm, arrêté, torturé et fusillé. Canguilhem soulignait au passage que les penseurs du concept ne font pas de différence entre rectitude logique et droiture morale. C'est pourquoi ils se sont mieux comportés, sous le nazisme, que beaucoup de ceux qui n'avaient à la bouche que "la personne" et "la conscience", et dont on attendit en vain quelque dignité.
Sa "modestie ombrageuse", comme dit Jacques Bouveresse, a sans doute desservi la notoriété de Canguilhem. On a parfois jugé qu'il valait plus par ses disciples, tels Michel Foucault ou Dominique Lecourt, que par ses propres travaux. On a reconnu sa compétence originale comme historien des idées de la biologie et de la médecine, mais pas son envergure théorique de première grandeur. Voilà un malentendu grossier que la publication des Œuvres complètes va dissiper. Six volumes et quelques milliers de pages plus tard, on en reparlera. Car il se pourrait bien que le regard de la postérité soit, un jour, tout autre.
Pour l'heure, c'est carrément un auteur inconnu que ce premier gros volume fait découvrir. Il rassemble tous les textes épars du jeune Canguilhem, de 1926 à 1940, que personne n'a lus depuis lors. On s'y plonge d'abord avec jubilation, car à l'évidence ce penseur est un styliste. Chez lui, le tranchant des phrases s'ajuste exactement à l'acuité des analyses. Pour les lecteurs des grandes oeuvres de la maturité, ce n'est certes pas une surprise. En revanche, ce qui étonne, ici, est bien de découvrir, aux antipodes du professeur en retrait, un Canguilhem politique, un intellectuel fortement engagé, en un temps où Sartre ne l'était même pas.
Au lycée Henri-IV, c'est sous le magistère d'Alain que le jeune homme découvre la philosophie. Cette rencontre, qui va décider de toute sa vie, se fait sous le signe de la liberté de penser et du pacifisme le plus radical. Collaborant aux Libres propos, le journal d'Alain, le jeune philosophe consacre aux sujets du bac, aux livres du jour ou à la bêtise ambiante des textes mordants, dont la vacherie s'est rarement émoussée. Avec dureté, il combat surtout, des années durant, militarisme, bellicisme et tout uniforme de soldat.
Longtemps pacifiste radical, dans le droit-fil de son maître Alain, Canguilhem va toutefois s'éloigner de cette mouvance. La plupart des autres "alanistes" finiront dans le cloaque de la Collaboration, mais lui sera d'emblée chez les résistants. Le plus passionnant est de tenter de comprendre, en lisant ces textes, où se fait la rupture, et ce qui la motive. On l'aperçoit en lisant sa brochure sur Le Fascisme et les Paysans, rédigée pour le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, ou son Traité de logique et de morale, cosigné avec Camille Planet et publié en 1939.
Mais on peut l'entrevoir aussi dès l'un des premiers textes, où le jeune Canguilhem forge cette maxime : "Les conditions, qui les connaît les change." En un sens, tous les fils de son oeuvre peuvent se relier à cette phrase : la nécessité d'être attentif aux faits, la volonté de choisir au nom des valeurs et non de subir au nom des faits, l'exigence de comprendre pour agir, la revendication suprême d'une responsabilité humaine envers l'histoire, sur son versant technique comme sur son versant politique. Ajoutez-y son exploration de la biologie, où se joue désormais le XXIe siècle, et vous comprendrez pourquoi, au lieu d'être un professeur d'hier, maître Cang a tout d'un philosophe pour demain.
Roger-Pol Droit
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ECRITS PHILOSOPHIQUES ET POLITIQUES (1926-1939). ŒUVRES COMPLÈTES, TOME I de Georges Canguilhem. Edité sous la direction de Jean-François Braunstein et Yves Schwartz, préface de Jacques Bouveresse. Vrin, 1 032 p., 38 € (en librairie le 12 décembre).
Citons également Le Normal et le Pathologique, la thèse de GC, parue en 1943 et rééditée aux PUF.
Citons également Le Normal et le Pathologique, la thèse de GC, parue en 1943 et rééditée aux PUF.
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