vendredi 26 novembre 2010

Michel Foucault et les "Nouveaux Philosophes"

Bien en retard, comme si souvent, je tombe sur un échange dans le Monde Diplomatique à propos de la relation entre Michel Foucault et ceux que l'on appelait, en 1977, les nouveaux philosophes. Il y eut d'abord l'article d'un professeur américain, Michael Christofferson (Pennsylvania State University) daté d'octobre 2009 - Quand Foucault appuyait les « nouveaux philosophes » - puis la réponse de Hamid Mokkadem - Michel Foucault et les « nouveaux philosophes » - le mois suivant. - Je vous laisse découvrir cet échange s'il vous avait également échappé.

Christofferson dépeint Foucault comme un grand ambitieux qui, selon lui, ne devait sa carrière - et notamment la chaire au Collège de France - qu'à la médiatisation dont il faisait l'objet et qui le rapprochait donc des nouveaux "médiatiques" qu'étaient devenus Bernard-Henri Lévy et surtout André Glucksmann qui ne tarissait pas d'éloges sur le maître. - Un autre point de la discussion est l'option politique prise par Foucault et les "nouveaux philosophes". Le débat autour du totalitarisme - notamment soviétique - faisait rage, et les bons scores électoraux à la fois du PS et du PC, qui restait toujours plus ou moins en phase avec l'URSS, pouvaient mettre à mal le "Programme Commun". Selon Christofferson, la médiatisation de BHL et de Glucksmann répondait ainsi à un dessein politique visant à saborder l'union de la gauche.  Christofferson écrit (loc. cit.): "Il faut signaler, par exemple, les interventions de Roland Barthes en faveur de La Barbarie à visage humain, et de Jean-François Revel en faveur de la « nouvelle philosophie » dans son ensemble. Barthes se sent proche du diagnostic de la « crise de la transcendance historique » exposé par Lévy et est, dit-il, « enchanté » par son écriture (*). Revel soutient le combat des « nouveaux philosophes » contre l’Union de la gauche et considère qu’ils partagent son analyse de La Tentation totalitaire. Mais le rôle de deux autres personnalités est encore plus décisif : celui de Michel Foucault, qui fait l’éloge des Maîtres penseurs ; et celui de Philippe Sollers et sa revue littéraire Tel Quel, qui se rallient au combat de Bernard-Henri Lévy et de la « nouvelle philosophie »." -  Et d'ajouter à la fin de l'article: "Lorsqu’il effectue un rapprochement entre le goulag et le « grand enfermement », Foucault craint, par-dessus tout, que cette comparaison soit utilisée pour confondre toutes les persécutions, tirer d’embarras le PCF et permettre à la gauche de ne pas modifier son discours. C’est probablement pourquoi il fait supprimer les références à la notion d’« archipel carcéral » dans les éditions ultérieures de Surveiller et punir. Foucault pense que La Cuisinière et le Mangeur d’hommes ne tombe pas dans ce piège politique. N’ayant pas élaboré d’analyse personnelle du goulag et de ses relations avec l’Etat, il trouve dans Les Maîtres penseurs une dénonciation de ses ennemis (les communistes, les idéologies totalisantes et l’Etat) au nom des éléments marginaux auxquels il attribue lui-même un rôle politique essentiel. Et c’est sans doute pourquoi il a tenu à faire l’éloge de ce livre." (**)

Dans sa réponse, Hamid Mokkadem défend Foucault, qui n'aurait pas eu besoin de médiatisation pour obtenir, dès 1970, un poste au Collège de France où "il succède à son maître Jean Hyppolite". En effet, celui-ci serait davantage dû à ses relations de la rue d'Ulm, à Jean Vuillemin et "à l’appui discret et efficace de Georges Dumézil." - Et Mokkadem voit "dans le soutien de Foucault au livre de Glucksmann  [Les Maîtres Penseurs] moins une tactique qu’une méprise ou un quiproquo", comparable à sa manière d'envisager "la révolution chiite iranienne, [Foucault] croyant y lire une autre manière de faire la politique et soutenant le soulèvement spirituel du peuple iranien en 1979."

Cette discussion montre, si besoin était, que les penseurs se trompent souvent de combat. Et il ne faut pas remonter aux errements de Descartes (lettres à la Princesse Elisabeth), de Hegel (apologie de l'Etat prussien autoritaire) ou de Heidegger (soutien au 3e Reich en 1933ssq.) pour trouver des exemples patents. On se souvient de certains engagements de Sartre, comme la visite qu'il avait faite - à la même époque - au terroriste allemand Andreas Baader dans sa prison de Stammheim (***). Ou du soutien récent  (2007) de Glucksmann au président Sarkozy et de l'approche - certes "distanciée" (paradoxe)  - du même par Edgar Morin. - Nulle honte à être libéral de droite ou d'extrême gauche - comme Badiou aujourd'hui - mais il s'agirait de ne pas se faire avaler par la machinerie médiatique qui finit toujours par vous broyer... et retourner tous vos faits et gestes contre vous, au besoin.

(*) Roland Barthes, « Lettre à Bernard-Henri Lévy », Les Nouvelles littéraires, 26 mai 1977. Reproduite dans Sylvie Bouscasse et Denis Bourgeois, Faut-il brûler les nouveaux philosophes ?, NEO, Paris, 1978, p. 89-90.
(**) Michel Foucault, « Cours du 7 janvier 1976 », « Michel Foucault : crimes et châtiments en URSS et ailleurs », « Pouvoirs et stratégies » et « Questions à Michel Foucault sur la géographie », Dits et écrits, 1976-1979, Gallimard, p. 166-167, 69, 418-421 et 32.
(***) ajout tardif : un récent documentaire de Stefan Aust [ici en allemand] défend la thèse selon laquelle Sartre serait allé à Stammheim voir Baader pour le convaincre de renoncer au terrorisme ; mais cela ne change rien à la réception qui fut faite à l'époque de cette visite, interprétée comme un soutien du penseur au terroriste, Sartre n'ayant pas révélé ses vrais motifs, s'ils ont existé...

jeudi 25 novembre 2010

Derrida Vivant

Note du site nonfiction.fr [jeudi 25 novembre 2010 - 10:00]
à propos de la biographie intitulée "Derrida" de Benoît Peeters (Flammarion, Paris 2010)

Même si l’œuvre de Derrida forme à elle seule une constellation imprégnée d’éléments biographiques, il manquait au paysage philosophique et critique une biographie à même de rendre compte de l’intensité de ce chemin de pensée hors norme, et par là même de replacer cette trajectoire unique dans l’histoire de la pensée française. Benoît Peeters, figure originale et inattendue sur un projet comme celui-ci puisqu’il est scénariste de bandes dessinées et biographe d’Hergé, prend le pari d’éplucher avec minutie cette vie philosophique. Des premières années en Algérie, au passage à l’Ecole normale supérieure de Paris, en passant par l’enseignement aux Etats-Unis, ce roman biographique tend presque à l’exhaustivité. L’occasion est ainsi donnée au lecteur de suivre un Derrida au gré de ses amitiés, mais aussi de ses polémiques (qui sont nombreuses). Il s’agit d’une traversée intime qui vient ainsi marquer d’une pierre de touche des travaux déjà nombreux, en lui rendant ses dimensions et invitant le lecteur à la redécouverte d’une œuvre plurielle. Pour compléter ce qui apparaît comme un événement - en particulier au vu de l’ampleur de la tâche – l’auteur de l’ouvrage, en publiant le journal de ses trois ans de travail, a ouvert en quelque sorte son atelier de fabrication, conviant ainsi le lecteur au-delà du décor, le laissant suivre au gré de notes prises sous la forme d’un journal intime, ce voyage intime au cœur de la « famille » derridienne.
A cette occasion, nous publions trois recensions, la première consacrée à la bibliographie elle-même, la deuxième consacrée au journal du biographe et la troisième traitant simultanément des deux ouvrages.
  • Le combattant et son parcours, par Daniel Bougnoux,
  • Les affects d'un biographe, par Emanuel Landolt.
  • Une vie philosophique et politique, par Manola Antonioli
Ces articles sont librement accessibles sur nonfiction.fr

dimanche 21 novembre 2010

Quelques mots sur la religion...

Depuis la création du Faust par Goethe à la fin du 18e siècle, la question de Margarete – la « Gretchenfrage » – est devenue une expression courante en pays de langue allemande. Margarete (Gretchen) la pose à Faust – l’intellectuel, le libre penseur – qui a jeté son dévolu sur la jeune femme. Pour parvenir á ses fins amoureuses, il a conclu un pacte avec Méphisto – le diable – à qui il a rétrocédé son âme en échange de la jeunesse, de la force, du pouvoir de séduction… Margarete lui demande donc : « Nun sag, wie hast du’s mit der Religion? » – « Dis-moi, comment considères-tu la religion ? » – Et d’ajouter, espiègle : « Du bist ein herzlich guter Mann, Allein ich glaub, du hältst nicht viel davon. » - « Tu es un homme d’une grande bonté, mais je crois que tu n’en penses pas grand-chose. » – Faust reste évasif, ne venait-il pas de renier Dieu en faisant alliance avec le diable. Il répond : « Laß das, mein Kind! Du fühlst, ich bin dir gut; Für meine Lieben ließ’ ich Leib und Blut, Will niemand sein Gefühl und seine Kirche rauben. » – « Laisse donc, mon enfant, tu sens que je te veux du bien, Je donnerais mon corps et mon sang pour ceux qui me sont chers, Je ne veux voler ni le sentiment ni l’Église de personne. » Gretchen réplique: « Das ist nicht recht, man muß dran glauben. » – « Ce n’est pas bien, Il faut avoir la foi. » Et Faust, sans doute avec une pointe d’ironie: « Muß man? » – « Faut-il? »

La question. si ardemment débattue entre les deux amoureux, continue de se poser, d’une façon parfois insistante, aujourd’hui : Est-on obligé de croire ? Or, la version inquisitoire de la Gretchenfrage – et la légende du Dr. Faust est située au Moyen-âge – possède une tradition sanglante que semblent vouloir raviver certains prêcheurs actuels.
 
Au sortir des Lumières européennes, le philosophe Nietzsche proclame la mort de Dieu. En vérité. il constate simplement que les Lumières avaient eu « raison » de l’idée religieuse et que la Révolution Française a fini de l’achever dans le sang. Puis, deux autres coups fatals furent portés à la religion en Occident, le premier avec l’idée de communisme, promue par Marx et Engels, qui interprétèrent la religion comme une « superstructure » idéologique au service du pouvoir à combattre, et le second au début du 20e siècle avec l’interprétation psychanalytique des religions et des civilisations humaines.
Un contre-exemple radical à la manière agressive de « considérer » la religion est l’Empire Romain où toutes les croyances eurent droit de cité. Et. au temps plus lointain encore de l’Empire Hellénique, la première chose que fit le grand Alexandre, lorsqu’il avait conquis un territoire, était de rendre hommage aux divinités des vaincus.
 
On ne soulignera jamais assez que ces empires furent polythéistes. Les grands heurts « spirituels » ne se sont produits qu’avec les deux monothéismes de l’époque, le judaïsme – la « Guerre des Juifs contre les Romains » (relatée par Flavius Josèphe, au 1er siècle) fut extrêmement sanglante – et le christianisme naissant envers lequel les persécutions romaines, en particulier celles de Néron, furent terribles.
 
L’existence des trois grands monothéismes – sans doute issus du culte d’Akhenaton dans l’ancienne Égypte (thèse déjà esquissée par Freud puis précisée plus récemment par Jan Assman) – pose une question philosophique et logique : S’il n’y a qu’un Dieu, pourquoi trois religions différentes s’en réclament-elles, tout en revendiquant, chacune, l’universalité pour leur culte particulier, extériorisant leur « foi » à travers de multiples actes de guerre et de barbarie, qui jalonnent l’histoire des civilisations auxquelles elles appartiennent.
 
Cette inquiétante proximité avec la barbarie, qui atteint de nouveaux sommets dans le monde actuel pourrait être comparée à la partie inconsciente – et « impensée » – d’une autre proximité traditionnelle bien connue – et par conséquent « consciente » – entre l’autorité religieuse, théologique, et le pouvoir étatique, politique, qui fut critiquée dès 1670 (anonymement) par le philosophe excommunié Spinoza.
 
Ce sont les liens complexes qui unissent religion, civilisation et barbarie qu’il s’agirait d’analyser. La thèse soutenue par le sociologue Dietmar Kamper, et d’autres, avance que toute civilisation a « les pieds en sang» (selon la formule du dramaturge Heiner Müller) : La barbarie ne serait en vérité qu’une invention, une création de la civilisation elle-même comme le « mécréant » n’est que la « créature » du « fidèle ». La prétendue « barbarie des origines » – celle d’avant son hypothétique «éradication» par la « civilisation » – n’aurait jamais existé, mais aurait été inventée de toutes pièces par la civilisation triomphante, à la manière d’un mensonge (voire d’un délire) de l’origine. L’historien Eric Hobsbawm a fait une analyse similaire dans un autre contexte avec son concept de « tradition inventée » (Invention of tradition).
 
Or, les religions sont le produit d’une civilisation donnée, quand elles ne la fondent pas comme les trois grands monothéismes, dans l’ordre d’apparition, le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Au sens littéral, elles « tiennent ensemble », « relient » (religere) des éléments forcément hétérogènes dans l’unité (« synthétique ») d’une civilisation particulière. Et, dans le cas des trois monothéismes, elles fondent une prétention à l’universalité qui engendre forcément une rivalité et, en dernier ressort, des guerres de religion.
 
Il est certes des périodes dans l’histoire humaine où religion et civilisation ont donné naissance à de grandes choses : on pense aux Siècles d’or de la civilisation arabe (9e – 12e siècles) ou à la Renaissance européenne (13e – 16e siècles), mais de telles œuvres ne sublimaient-elles pas aussi – sans pouvoir la dissimuler tout-à-fait – une barbarie sous-jacente, ou parfois très manifeste dans les sanglants actes inquisitoires ou conversions forcées pratiquées par les différents pouvoirs religieux (« spirituels »).
 
La vraie question est de savoir si l’humanité possède la capacité d’évoluer, ou si elle doit sans cesse retomber dans le même cercle infernal.
 
La Révolution Française, dont les « libéralisations » anticipées et désirées par la philosophie des Lumières permettaient certes l’essor des sciences sous le signe de l’idéologie du « progrès », égalait largement la barbarie de l’Inquisition dont elle prit la succession, et les têtes tombèrent en masse grâce à ce dispositif hautement rationnel de meurtre en série, que fut la guillotine (utilisée en France jusqu’en 1981). Et, diamétralement opposées aux valeurs et convictions anticléricales des révolutionnaires français de la fin du 18e siècle, les « révolutions islamiques » contemporaines, en Iran ou dans l’Afghanistan des Talibans, importent à la fois les pratiques de 1792 (premier guillotiné, place du Carrousel à Paris le 25 avril de cette année-là) et les méthodes de l’Inquisition chrétienne qui s’était arrêtée en 1781 (dernière femme brûlée vive sur un bûcher à Séville le 7 novembre de cette année-là).
 
En dépit de toutes les grandes réalisations, dont cet être egocentrique qu’est l’Homme puisse légitimement se vanter, l’histoire des civilisations est un seul grand champ de bataille et de massacres, comparé à quoi les arènes romaines font figure de spectacle pour enfants.
On dira que les religions n’avaient pas une grande importance en ce temps-là, les Romains s’étant contentés d’importer le Pandémonium hellénique avec quelques accommodations locales. De même, insistera-t-on peut-être, la Révolution Française ou les révolutions communistes et fascistes un peu plus tard exécraient les religions (excepté en Italie et en Espagne). Ce qui enjoindrait à penser que les religions ne sont pour rien dans la barbarie de l’Homme.
 
Formulé de la sorte, on ne peut rien y objecter. Or, les régimes totalitaires – et la France révolutionnaire ou l’Empire romain appartiennent à cette catégorie – ne sont pas exempts d’une idéologie quasi religieuse à laquelle il faut adhérer ou risquer de périr, On peut même affirmer que les régimes totalitaires ont repris les méthodes des monothéismes inquisitoires – avec leur « profession de foi » obligatoire (qu’elle soit « révolutionnaire », « fasciste » ou « communiste ») – auxquels ils ont succédé et dont ils prétendent avoir coupé le cordon de façon « radicale ». – Ceci dit, l’Empire romain connaissait également un dieu « unique » en la personne divinisée de l’Empereur (Caesar), devant qui il fallait se prosterner ou avaler, comme Sénèque, le poison. Et, dans les temps modernes, Napoléon 1er et ses pâles avatars (Napoléon III, Guillaume II d’Allemagne ou François-Joseph d’Autriche-Hongrie), responsables de millions de morts, n’avaient jamais vraiment rompu avec l’Eglise, même si Napoléon 1er se couronna lui-même (et Joséphine ensuite) le 2 décembre 1804, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris, en présence du pape Pie VII réduit à l’impuissance devant un tel affront.
 
Après ce court développement, qui a dû laisser ouverte – et posée – la question des origines de la barbarie humaine, revenons à Gretchen. Un peu plus loin, dans le passage cité, elle ne mâche plus ses mots et demande à Faust : « Crois-tu en Dieu ? » Et, de s’entendre répondre : « Mein Liebchen, wer darf sagen: Ich glaub an Gott? Magst Priester oder Weise fragen, Und ihre Antwort scheint nur Spott Über den Frager zu sein. » – « Ma bien-aimée, qui peut oser dire: Je crois en Dieu ? Va donc interroger les prêtres, les sages, Et leur réponse ne sera que moquerie envers celui qui pose de telles questions. » Mais Gretchen, insatisfaite, ne lâche pas l’affaire : « So glaubst du nicht ? » – « Tu n’as donc pas la foi ? » C’est alors que Goethe, dans la bouche de Faust, se lance dans une tirade mémorable : « Mißhör mich nicht, du holdes Angesicht! Wer darf ihn nennen? Und wer bekennen: »Ich glaub ihn! »? Wer empfinden, Und sich unterwinden Zu sagen: « Ich glaub ihn nicht! »? Der Allumfasser, Der Allerhalter, Faßt und erhält er nicht Dich, mich, sich selbst? Wölbt sich der Himmel nicht da droben? Liegt die Erde nicht hier unten fest? Und steigen freundlich blickend Ewige Sterne nicht herauf? Schau ich nicht Aug in Auge dir, Und drängt nicht alles Nach Haupt und Herzen dir, Und webt in ewigem Geheimnis Unsichtbar sichtbar neben dir? Erfüll davon dein Herz, so groß es ist, Und wenn du ganz in dem Gefühle selig bist, Nenn es dann, wie du willst, Nenn’s Glück! Herz! Liebe! Gott Ich habe keinen Namen Dafür! Gefühl ist alles Name ist Schall und Rauch, Umnebelnd Himmelsglut. » Dans la traduction de Gérard de Nerval (éd. 1877), cela donne : « Sache mieux me comprendre, aimable créature ; qui oserait le nommer et faire cet acte de foi : Je crois en lui ? Qui oserait sentir et s’exposer à dire : Je ne crois pas en lui? Celui qui contient tout, qui soutient tout, ne contient-il pas, ne soutient-il pas toi, moi et lui-même? Le ciel ne se voûte-t-il pas là-haut? La terre ne s’étend-elle pas ici-bas, et les astres éternels ne s’élèvent-ils pas en nous regardant amicalement ? Mon œil ne voit-il pas tes yeux ? Tout n’entraîne-t-il pas vers toi et ma tête et mon cœur ? Et ce qui m’y attire, n’est-ce pas un mystère éternel, visible ou invisible ?… Si grand qu’il soit, remplis-en ton âme ; et, si par ce sentiment tu es heureuse, nomme-le comme tu voudras, bonheur! cœur ! amour! Dieu! — Moi, je n’ai pour cela aucun nom. Le sentiment est tout, le nom n’est que bruit et fumée qui nous voile l’éclat des cieux. »

mardi 16 novembre 2010

Michel Foucault (cours 1976 - 1984, mp3)

Une nouvelle petite mine d'or signalée par UbuWeb (sur Twitter) : Michel Foucault, cours 1976-1984 au format mp3 - C'est le Media Resources Center (MRC) de la bibliothèque universitaire de Berkeley (California, USA) qui a eu cette initiative.

lundi 15 novembre 2010

Alain Badiou interviewé par Rue89 (2009)



Dans cet entretien accordé au site d'information Rue89, créé par d'anciens journalistes de Libération, le penseur Alain Badiou prend position sur des questions de politique, de société... Accroche du diffuseur : "A la demande de nombreux riverains, suite à l'article consacré au dernier livre d'Alain Badiou, « L'Hypothèse communiste » (Nouvelles éditions lignes), nous avons décidé de mettre en ligne l'entretien que nous [a] accordé le philosophe dans son intégralité. Ce n'est pas tout à fait une première, puisque nous avions fait de même lors d'un premier entretien avec le philosophe. Ce document est brut, sans coupe et il dure un peu plus de 38 minutes. Bonne écoute !"

Stanislas Dehaene : Etats de conscience (2010)



Une fois n'est pas coutume : Il ne faut jamais perdre le contact avec les sciences dites "dures", même si une partie de la critique formulée naguère par Edmund Husserl (tout de même mathématicien de formation) reste fondée ... Il s'agit ici d'un séminaire de Stanislas Dehaene, collaborateur de Jean-Pierre Changeux. - L'un des grands problèmes scientifiques contemporains est celui de la "conscience" (l'être conscient, consciousness, Bewusstsein). Il est abordé ici d'une manière certes académique - le lieu y contraint - et cependant originale, puisque les informations sont livrées par un chercheur en activité. - Dans cette dernière partie d'un cycle de séminaires, le phénomène de la conscience est envisagé "par l'absurde", ou mieux par l'absence, notamment dans et par cet état particulier qu'est le "coma" (en quelque sorte le "degré zéro" des états de vigilance)... La suite de ce séminaire intitulé "Applications cliniques : coma et patients non-communicants" se trouve ICI.

Jean-Pierre Changeux - Marc Jeannerod : Deux conférences sur le cerveau humain (2000)

Le cerveau : de la biologie moléculaire aux sciences cognitives, conférence du 3 janvier 2000 par Jean-Pierre Changeux.

Les fonctions cérébrales, conférence du 1er février 2000 par Marc Jeannerod

Ce serait le moment, pour les penseurs issus des sciences humaines comme pour ceux qui viennent des soi disant "sciences dures", de cesser de s'ignorer. Il n'y a pas à mettre en concurrence les idées des deux "camps" mais à trouver un langage commun afin d'aller plus loin. Lorsqu'un biologiste ou un neurophysiologiste se met à philosopher, il témoigne bien souvent de la même naïveté qu'un sociologue qui adapte les concepts des sciences exactes aux phénomènes de société en méconnaissant, non pas tant leur sens que leur domaine de validité très particulier. - Il faudrait réfléchir au sens de cette "aliénation" de domaines naguère indissociables. La prétendue "objectivité" des sciences "dures" ne permet pas aux scientifiques de s'exprimer, par exemple pour remettre en question, ou simplement questionner, les applications de leurs recherches, le sens des "progrès" technologiques. De leur côté, les "philosophes" se voient cantonnés dans un "subjectivisme" où l'on peut dire tout et n'importe quoi, ce qui crée un brouhaha dans lequel on ne s'entend plus parler...

Jacques Bouveresse au Collège de France (2010)

Comme J. Bouveresse le signale d'entrée, il s'agit dans cette "suite et fin" du séminaire intitulé "Dans le labyrinthe : nécessité, contingence et liberté chez Leibniz" de sa dernière année d'enseignement au Collège de France puisqu'il sera alors (et qu'il est à présent) "atteint par la limite d'âge" ... La suite du séminaire se trouve ICI. - Et vous trouverez un grand nombre d'autres travaux de ce penseur à cette excellente adresse.

Jacques Derrida et Régis Debray à "Culture et Dépendances" (2004)



Nota : Son un peu saturé... - Ce qui est assez poignant dans cette émission du 17 juin 2004 (modérée par Franz-Olivier Giesbert), c'est qu'elle a été enregistrée quelques mois avant le décès de Jacques Derrida (né Jackie Derrida le 15 juillet 1930 à El Biar, en banlieue d'Alger, et mort le 9 octobre 2004 à Paris). Je n'ai pas encore visionné le document entier (je n'en connaissais pas même l'existence) et vous le livre donc sans commentaire personnel... En passant, je signale à nouveau le site d'Horatio Potel et je découvre (décidément) celui de Parham Shahrjerdi...

mercredi 10 novembre 2010

LE MONDE : L'Unesco, l'Iran et la "fête" de la philosophie

Etait-il envisageable de célébrer Socrate, Avicenne, ou Heidegger, aux côtés d'un régime iranien qui réprime les universitaires, les intellectuels, et toute forme d'opposition ? L'Unesco a fini par trancher : c'est non. L'organisation des Nations unies chargée de promouvoir l'éducation, la culture et la science a annoncé, mardi 9 novembre, qu'elle se retirait "des manifestations marquant la Journée mondiale de la philosophie à Téhéran", prévues du 21 au 23 novembre. Raison officielle : "Les conditions ne sont pas réunies pour un bon déroulement."  - Les préparatifs avaient en effet de quoi laisser songeur. L'Iran avait décidé d'injecter une forte dose d'idéologie dans cette "fête" de la philosophie. Le pouvoir avait désigné comme chef du comité d'organisation un représentant de l'aile dure du régime, le directeur de l'Institut iranien de philosophie, Gholam Ali Haddad Adel, un proche du "Guide suprême", Ali Khamenei. Fin octobre, deux ministres iraniens, dont celui chargé des sciences, avaient par ailleurs annoncé un "gel " de l'enseignement des philosophes et sociologues occidentaux dans les universités iraniennes, en attendant de "vérifier" leur conformité avec la pensée islamique. - Lire la suite de la note de Natalie Nougayrède (l'accès est désormais payant, ou réservé aux abonnés du Monde)

mardi 9 novembre 2010

Jacques Lacan : "Télévison" (Benoît Jacquot, 1973)


Document de 1973, réalisation de Benoît Jacquot, interventions de Jacques-Alain Miller
"Je définis l’inconscient… c’est devenu, c’est devenu un petit bateau, enfin, je définis l’inconscient comme étant structuré comme un langage. Ce n’est évidemment pas ici que je m’en vais me mettre à en faire le commentaire. Il est certain que c’est à partir de là que commencent les questions. Comment le fait que ces sortes d’êtres qui ce langage l’habitent, comment est-ce que ça se fait que ce serait, à m’en croire n’est-ce pas, par le véhicule du langage qu’il se trouverait dans tout ce que découvre l’analyse à l’intérieur de ce fait, comment se fait-il que lui sont transmises, enfin, des conditions aussi dramatiques, c’est le cas de le dire n’est-ce pas, que le fait qu’il soit tellement dans la dépendance de tout ce qu’il a attendu dans le monde et tout spécialement au niveau bien sûr qui est celui dont il a reçu transmission de ce langage, de ce langage qui est celui que lui a parlé sa mère, comment à travers ça quelque chose d’aussi prévenant, je veux dire dominant n’est-ce pas, que le désir dont il est en somme le résultat, la conséquence, comment sa destinée entière peut-elle être marquée par cela ? C’est évidemment là que commence l’exploration, mais le mode d’alibis, enfin, plus ou moins prétentieux, enfin, désignés sous le terme d’affects alors que, à quelle occasion ont jamais pu se produire les dits affects, c’est à l’occasion de déclarations plus ou moins opportunes, enfin, c’est là que commence l’expérience analytique ; mais ne pas lui donner comme prémisse que c’est bien au niveau du langage qu’est le problème, me paraissait d’autant plus difficile de l’éviter qu’il ne s’agit pas là du tout d’une question théorique mais d’une question qui emporte tout l’efficace de la pratique analytique. (Jacques Lacan dans un entretien à la télévison belge, le 14 octobre 1972, que l'on peut retrouver sur ce site).