lundi 24 septembre 2018

Dietmar Kamper († 2001) à Paul Virilio († 2018)

[Prière de consulter le copyright à la fin du texte]

DIETMAR KAMPER

Associations.
Sept thèses bannies sur l’art, la terreur et la civilisation.

(à Paul Virilio)



Un

Vers la fin du 12ème siècle, en l’an 1164, Rachid al-din Sinan, le redoutable vieillard de la montagne, à la tête des Assassins, révéla à son disciple favori les paroles que son propre maître, Hassan i Sabbah II, avait littéralement expulsées dans la forteresse d’Alamut : lors d’une célébration publique, le maître jeta le Coran, qu’il avait étudié des années durant, proclama la fin de la Loi et annonça le règne millénaire de la Liberté. "Rien n’est vrai, tout est permis" : ce fut là le mot d’ordre, l’entrée irrévocable dans la critique de la civilisation, la première ligne du canon d’une future profession de foi des Frères et Sœurs de l’Esprit Libre (comme dit Greil Marcus). Le blasphème est une bombe à retardement du "mal" avec l’effet immédiat d'une prise de distance et discrimination de l’ensemble du monde civilisé, faisant des Assassins, ces mangeurs de haschisch inoffensifs, des "meurtriers" à temps plein, à temps historique, à temps universel. De l’autre côté, la fin proclamée de la Loi dans les religions universelles, Islam inclus, a donné naissance à des incohérences similaires. Hassan i Sabbah II fit décapiter tous ceux qui ne voulaient ou ne pouvaient pas suivre le mot d’ordre, expédiant aussitôt les "affranchis" de la Loi dans une prison aux murs d’images de la liberté. Jamais depuis l'origine du monde, les hommes n’avaient été autant exposés à la contrainte et l'impitoyabilité d’un ciel vide.

dimanche 23 septembre 2018

Pierre Carles & Pierre Bourdieu : La Sociologie est un sport de combat (2001)


Un excellent documentaire sur Pierre Bourdieu du cinéaste non-conformiste Pierre Carles, qui sortit en 2001, peu avant le décès du penseur (1930-2002), Si ce film est librement accessible sur Internet, il n'empêche que l'on peut acquérir les DVD de Pierre Carles (de bien meilleure qualité visuelle et sonore) chez c-p productions et lui permettre ainsi de poursuivre l'aventure...

vendredi 21 septembre 2018

Paul Virilio (1932-2018)

PAUL VIRILIO ~ PENSER LA VITESSE
(DOCUMENTAIRE ARTE)


Tenter de penser notre monde et de le donner à comprendre à la télévision est une tâche délicate. D'abord, parce que le monde devient de plus en plus complexe. Ensuite, parce que la télévision a, globalement, démissionné sur ce terrain. Fort heureusement, quelques créneaux existent encore, du genre "Le monde vu par..." sur Arte. Ce soir, le journaliste Stéphane Paoli nous invite à mieux connaître la pensée d'un grand imprécateur contemporain : Paul Virilio.

Né en 1932 à Paris, urbaniste et philosophe, cet homme de sage apparence, auteur de nombreux essais sur la stratégie et la technologie, a de longue date placé au centre de sa réflexion la menace de "l'accident intégral". Cette hypothèse apocalyptique des temps modernes provient d'une analyse qui fait de la recherche de la vitesse le plus grand facteur de risque auquel s'expose la société moderne, pour ne pas dire l'humanité. Un rêve d'ubiquité et d'efficience qui, de la machine à vapeur au réseau mondialisé, laisserait de moins en moins de place au temps salutaire de la réflexion. 

Source / Suite  > LE MONDE | 15.01.2009

lundi 18 juin 2018

Les sujets du bac philo 2018

Les sujets L

Sujet 1: La culture nous rend-elle plus humain ? 

Sujet 2: Peut-on renoncer à la vérité ?

Sujet 3: Commentaire de texte :
Souvent nous ne savons pas ce que nous souhaitons ou ce que nous craignons. Nous pouvons caresser un souhait pendant des années entières, sans nous l’avouer, sans même en prendre clairement conscience ; c’est que l’intellect n’en doit rien savoir, c’est qu’une révélation nous semble dangereuse pour notre amour-propre, pour la bonne opinion que nous tenons à avoir de nous-mêmes ; mais quand ce souhait vient à se réaliser, notre propre joie nous apprend, non sans nous causer une certaine confusion, que nous appelions cet événement de tous nos vœux ; tel est le cas de la mort d’un proche parent dont nous héritons. - Et quant à ce que nous craignons, nous ne le savons souvent pas, parce que nous n’avons pas le courage d’en prendre clairement conscience. Souvent même nous nous trompons entièrement sur le motif véritable de notre action ou de notre abstention, jusqu’à ce qu’un hasard nous dévoile le mystère. Nous apprenons alors que nous nous étions mépris sur le motif véritable, que nous n’osions pas nous l’avouer, parce qu’il ne répondait nullement à la bonne opinion que nous avons de nous-mêmes. Ainsi, nous nous abstenons d’une certaine action, pour des raisons purement morales à notre avis ; mais après coup nous apprenons que la peur seule nous retenait, puisque, une fois tout danger disparu, nous commettons cette action.

SCHOPENHAUER, Le monde comme volonté et représentation (Die Welt als Wille und Vorstellung 1818)

Les sujets ES


Sujet 1: Toute vérité est-elle définitive ? 

Sujet 2: Peut-on être insensible à l'art ? 

Sujet 3: Commentaire de texte :
Quand nous obéissons à une personne en raison de l'autorité morale que nous lui reconnaissons, nous suivons ses avis, non parce qu'ils nous semblent sages, mais parce qu'à l'idée que nous nous faisons de cette personne, une énergie psychique d'un certain genre est immanente, qui fait plier notre volonté et l'incline dans le sens indiqué. Le respect est l'émotion que nous éprouvons quand nous sentons cette pression intérieure et toute spirituelle se produire en nous. Ce qui nous détermine alors, ce ne sont pas les avantages ou les inconvénients de l'attitude qui nous est prescrite ou recommandée ; c'est la façon dont nous nous représentons celui qui nous la recommande ou qui nous la prescrit. Voilà pourquoi le commandement affecte généralement des formes brèves, tranchantes, qui ne laissent pas de place à l'hésitation ; c'est que, dans la mesure où il est lui-même et agit par ses seules forces, il exclut toute idée de délibération et de calcul ; il tient son efficacité de l'intensité de l'état mental dans lequel il est donné. C'est cette intensité qui constitue ce qu'on appelle l'ascendant moral. Or, les manières d'agir auxquelles la société est assez fortement attachée pour les imposer à ses membres se trouvent, par cela même, marquées du signe distinctif qui provoque le respect.

DURKHEIM, Les Formes élémentaires de la vie religieuse (1912)

Les sujets S

Sujet 1: Le désir est-il la marque de notre imperfection ? 

Sujet 2: Éprouver l'injustice, est-ce nécessaire pour savoir ce qui est juste ? 

Sujet 3: Commentaire de texte :
Tous les phénomènes de la société sont des phénomènes de la nature humaine, produits par l'action des circonstances extérieures sur des masses d'êtres humains. Si donc les phénomènes de la pensée, du sentiment, de l'activité humaine, sont assujettis à des lois fixes, les phénomènes de la société doivent aussi être régis par des lois fixes, conséquences des précédentes. Nous ne pouvons espérer, il est vrai, que ces lois, lors même que nous les connaîtrions d'une manière aussi complète et avec autant de certitude que celles de l'astronomie, nous mettent jamais en état de prédire l'histoire de la société, comme celle des phénomènes célestes, pour des milliers d'années à venir. Mais la différence de certitude n'est pas dans les lois elles-mêmes, elle est dans les données auxquelles ces lois doivent être appliquées. En astronomie, les causes qui influent sur le résultat sont peu nombreuses ; elles changent peu, et toujours d'après des lois connues. Nous pouvons constater ce qu'elles sont maintenant, et par là déterminer ce qu'elles seront à une époque quelconque d'un lointain avenir. Les données, en astronomie, sont donc aussi certaines que les lois elles-mêmes. Au contraire, les circonstances qui influent sur la condition et la marche de la société sont innombrables, et changent perpétuellement ; et quoique tous ces changements aient des causes et, par conséquent des lois, la multitude des causes est telle qu'elle défie nos capacités limitées de calcul. Ajoutez que l'impossibilité d'appliquer des nombres précis à des faits de cette nature mettrait une limite infranchissable à la possibilité de les calculer à l'avance, lors même que les capacités de l'intelligence humaine seraient à la hauteur de la tâche.

MILL, Système de logique (A system of logic 1843)

Les sujets STMG

Sujet 1: L'expérience peut-elle être trompeuse ?

Sujet 2: Peut-on maîtriser le développement technique ?

Sujet 3: Commentaire de texte :
Il est vrai que, dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu'il veut : mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l'on veut. Dans un État, c'est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu'à pouvoir faire ce que l'on doit vouloir, et à n'être point contraint de faire ce que l'on ne doit pas vouloir. Il faut se mettre dans l'esprit ce que c'est que l'indépendance, et ce que c'est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent : et, si un citoyen pouvait faire ce qu'elles défendent, il n'aurait plus de liberté, parce que les autres auraient ce même pouvoir.

MONTESQUIEU, De l’Esprit des lois (1748)

lundi 11 juin 2018

[Bac Philo 2018] Les conseils de philochat

 I
(J-7)

Vous n'avez pas révisé ? Vous n'avez rien compris à ce que racontait le/la prof de philo ? - Ne vous inquiétez pas : ces quelques conseils de philochat vont vous aider.

D'abord, décontractez-vous et oubliez le "name dropping" (Platon et Socrate, Montaigne et La Boétie, Descartes et Pascal, Voltaire et Rousseau, Kant et Hegel, Nietzsche et Kierkegaard, Marx et Freud...). - Apprenez qu'il faut penser par vous-même et gagner une distance critique vis-à-vis du prêt-à-penser ambiant.

Pour vous entraîner un peu, vous pourriez commencer par réfléchir sur vous-même (soyez votre propre sujet) : qu'avez-vous fait de cette année de terminale ? quels sont vos centres d'intérêt, vos passions, vos points forts ? Sous cet angle, vous pourriez également vous poser la question du temps perdu, du divertissement (Pascal), du spleen (Baudelaire). - Ensuite, pourquoi ne pas prendre une feuille de papier et noter quelques réflexions sur votre vie, vos aspirations, vos relations. Peut-être aurez-vous alors cette révélation du poète : "Je est un autre" (Rimbaud, Lettre du Voyant, 1871) ?
 

***

Pour moi, l'histoire des idées - englobant l'étude de leur relation à l'évolution des civilisations, des cultures, des sociétés - constitue l'une des disciplines les plus intéressantes de la philosophie. On ne peut pas vraiment comprendre l'impact sur l'époque moderne de la pensée de Descartes (1596-1650) - avec son fameux "je pense donc je suis" qui inaugure la "métaphysique du sujet" (Discours de la Méthode, 1637) - sans le combat pour une société éclairée, libérée de l'obscurantisme médiéval, au sein d'un mouvement culminant dans les révolutions de la fin du 18e, la déclaration des droits humains et citoyens, préfigurées par la liberté du sujet pensant et l'essor des sciences exactes, qui permettaient de leur côté des avancées technologiques fulgurantes, transformant radicalement la civilisation occidentale. - De même, il est impossible d'apprécier les particularités de la pensée hellénique en adoptant une perspective résolument rationaliste, tout en oubliant les apports de la mythologie, des épopées, de la tragédie antique, mais aussi l'organisation politique d’Athènes au 5e Siècle avant notre ère. Ou encore de rendre justice aux écrits de Marx et de Freud en partant de l'échec du communisme ou d'une psychanalyse ratée. - En somme, à travers tous ces siècles et millénaires, des pensées philosophiques très diverses sont apparues (et ont disparu ou sont restées) sous forme systématique ou aphoristique, polémique ou pacifique, conventionnelle ou protestataire, s'inspirant ou se combattant les unes les autres, suivant une ligne toute tracée ou prenant des chemins de traverse, à l'image des civilisations, cultures, sociétés qui les ont engendrées pour ensuite - bon gré mal gré - les retenir ou les rejeter

***

Pour ce qui est du traditionnel "conseil rédac" : n'oubliez pas que naguère la terminale s'appelait encore la classe de rhétorique - il convient donc de maîtriser quelques figures de style (ça ne mange pas de pain). Et puis : l'argumentation ne doit pas comporter d'erreurs logiques flagrantes ou d'avis trop personnels, ces derniers pouvant figurer en conclusion ou à la rigueur dans l'intro en partant d'une expérience personnelle en relation avec le sujet proposé, sans en oublier d'annoncer le plan de la partie principale qui - les profs vous l'ont assez rabâché ! - doit comporter trois sections distinctes, du genre thèse / antithèse / synthèse  (argumentaire / contre-argumentaire / évaluation), la "synthèse" étant en principe prolongée ou développée en conclusion. À mon avis, l'originalité du plan et l'organisation non conventionnelle des idées ne payent qu'en cas d'excellence (qui vous dispenserait alors de tout conseil).

Vale
φιλοχατ


II
(J-5)

Les citations


L’usage des citations doit être circonstancié : cela veut dire qu’il vaut mieux renoncer à citer que d’employer des citations à tort et à travers. Si vous citez des titres d’ouvrages ou d’essais, rappelez-vous qu’il convient de les souligner dans les dissertations manuscrites (et de les mettre en italiques – comme d’ailleurs les expressions en d’autres langues – dans les versions imprimées). Vous pouvez également vous contenter de mentionner entre parenthèses des noms d’auteurs de disciplines variées (sciences humaines et exactes, arts et littérature etc.) qui, à votre connaissance, se sont occupés du sujet que vous traitez. L’ajout de dates (naissance et mort, ou bien l’année d’une publication majeure) est certainement un plus.

Quelques incontournables


Contemporain de Galilée (1564-1642), qui fut encore persécuté par l’Église, le « cogito ergo sum » (« sum cogitans » : « je suis pensant ») de René Descartes (réf. ci-dessus) inaugure la pensée moderne des Lumières, marquées par le rationalisme, l’essor des sciences et la liberté du sujet (à la fois pensant et citoyen). Descartes dit : « Pour penser il faut être ». Or je pense. Donc je suis. On peut en déduire que la liberté de pensée doit déterminer l’existence humaine (démonstration nécessaire).

« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ? » : cette fameuse question métaphysique est posée par Gottfried Wilhelm Leibniz (1646-1716) dans ses Principes de la nature et de la grâce fondés en raison (1714). Or, comme « rien n'existe sans raison » selon ce penseur, il semblerait que l'existence du néant (nihil) serait absurde. À creuser ! - Le texte est disponible en ligne.

« L’impératif catégorique » est lié à la personne d'Immanuel Kant (1724-1804), qui l’énonce en 1785 dans ses Fondements de la métaphysique des mœurs : « Agis seulement d'après la maxime grâce à laquelle tu peux vouloir en même temps qu'elle devienne une loi universelle » (en version originale : „Handle nur nach derjenigen Maxime, durch die du zugleich wollen kannst, dass sie ein allgemeines Gesetz werde.“). Cette sentence, qui connaît différentes formulations (et traductions), veut que les actes individuels puissent s’énoncer dans les termes d’une loi générale, c’est-à-dire applicable à tous : c’est donc l’intérêt général qui doit primer sur les motivations individualistes, mais aussi – plus implicitement – la vérité (ou « non-contradiction ») sur le mensonge (comme celui d’une promesse non tenue) ; de même, il faut considérer les effets (« conséquences ») d’un acte avant de statuer sur sa « valeur morale » (développement nécessaire).

Karl Marx (1818-1883) inverse le cogito cartésien avec cette formule . « Ce n'est pas la conscience des hommes qui détermine leur être, mais au contraire leur être social qui détermine leur conscience. » (En allemand : „Es ist nicht das Bewusstsein der Menschen, das ihr Sein, sondern umgekehrt ihr gesellschaftliches Sein, das ihr Bewusstsein bestimmt.“) - citation tirée de la préface à la Critique de l'économie politique (Berlin 1859).

La formule « Dieu est mort » de Friedrich Nietzsche (1844-1900) se trouve dans Le gai savoir (1882), puis dans Ainsi parlait Zarathoustra (1883-85) : « Dieu est mort ! Dieu reste mort ! Et c'est nous qui l'avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? Ce que le monde a possédé jusqu'à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous notre couteau. » (Gai Savoir, Livre III, 125) – Cette célèbre formule peut se lire dans plusieurs sens : il s’agit sans doute d’abord d’un simple constat qui suit la séparation de l’Église et de l’État promue par les révolutions dites « bourgeoises », tout en effectuant un rappel plus implicite de la mort du Christ ; on peut également y voir la figure d’une perte d’orientation avec le renoncement à cette « autorité suprême » qui, jadis et naguère, avait sanctifié toutes les autorités terrestres.

Dans sa conférence intitulée L'existentialisme est un humanisme (Sorbonne 1945, publication 1946), Jean-Paul Sartre (1905-1980) lance le mot d'ordre de l'existentialisme :  «  L'existence précède l'essence. » - Il s'agit d'une inversion de l'ordre métaphysique traditionnel qui accorde la préséance à l'essence. C'est alors l'acte d'exister qui fonde l'être de l'homme, son existence n'étant plus prédéterminée par une sphère transcendantale (apriorique, divine). La conférence est disponible en ligne.

Gaston Bachelard (1884-1962) écrit : «  L'essence même de la réflexion, c'est de comprendre qu'on n'avait pas compris » (in : Le nouvel esprit scientifique, 1934, rééd. PUF 1968). - Pourquoi ne pas vous entraîner sur cette formule judicieuse. Si cela vous intéresse, vous trouverez le livre sur le site québecois de l’UCAQ.


III

(J-4)

 Explication de texte


Vous ne vous sentez toujours pas capable d'écrire une dissertation de philo ? Alors préférez l’explication de texte :

- On vous précise que : « La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. » Repérez néanmoins la date de publication pour situer le texte et l’auteur par rapport à une époque historique déterminée (avec son horizon particulier), ce que vous pouvez faire en introduction (Antiquité grecque et romaine, p.ex. : Présocratiques, Platon, Aristote, Lucrèce, Sénèque, Marc-Aurèle - Moyen-Age chrétien, p.ex. : Saint-Augustin, Thomas d'Aquin - Renaissance et Modernité européenne, p.ex. : Bacon, Montaigne, Machiavel, Descartes, Pascal, Spinoza, Leibniz, Hume, Kant, Hegel – Période pré-contemporaine et contemporaine à partir du milieu du 19e, p.ex. : Kierkegaard, Nietzsche, Marx – au 20e, p.ex. : Freud, Wittgenstein, Husserl – puis plus près de nous, p.ex. : Heidegger, Sartre, Merleau-Ponty, Hannah Arendt, Lacan, Foucault, Derrida, Deleuze etc.).



- On vous donne ensuite cette consigne : « Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. » - Vous pouvez en principe appliquer la technique d’explication de textes que vous avez apprise en lettres, mais en vous attachant davantage à la particularité (présentation, raisonnement, argumentaire...) de la pensée exprimée dans le texte proposé, qu’aux éléments de style, qui sont cependant intéressants lorsqu’ils sont au service de l’argumentation et surtout de la volonté de convaincre. « Comprendre le texte » : cela  sous-entend qu’il a été choisi parce qu’il comporte une ou plusieurs difficultés (« apories ») qu’il s’agit de repérer. Souvent, la première lecture (et compréhension) n’est pas concluante : il faut « creuser le texte », repérer à côté de certaines « évidences » (à présenter comme telles, si elles existent) une problématique implicite, que l’on doit faire apparaître, toujours en s’appuyant sur des éléments du texte, sans jamais trop s’en écarter et sans jamais perdre de vue la « réception » escomptée par l’auteur, c'est-à-dire les effets qu'il entend exercer sur ses lecteurs. Cette question de la réception est toujours très intéressante. Traditionnellement, on distingue deux formes d’interprétation : l’herméneutique et la critique. Cette première est par exemple utilisée par les fidèles d’une religion pour l’interprétation de textes sacrés : on cherche le « message » (divin) – éventuellement caché, et toujours codé (en particulier par des allégories ou métaphores) – en s’appuyant uniquement sur le texte, tandis que la critique prend en compte le « contexte » (au sens le plus large du mot). Sans la connaissance de ce contexte (historique, bio-bibliographique, polémique etc.), il vaut mieux opter pour la solution de l'herméneutique, qui est d’ailleurs plus ou moins suggérée par la consigne donnée ci-dessus, en prenant soin de préciser pour commencer de quel genre de texte il s'agit (théologique, politique, scientifique, philosophique, esthétique, éthique etc.)



IV
(J-3)

Quelques idées en vrac

POLITIQUE

Avec les évolutions récentes, une réflexion politique s'impose autour des notions d'État, de nation et de peuple. De même, on doit s'interroger sur ce qu'est la Démocratie - par exemple en relation avec la démagogie et la désinformation. Pour expliquer certaines évolutions en Occident, on peut également penser aux phénomènes de désocialisation (égoïsme, individualisme en situation de concurrence) et de désorientation (perte des valeurs traditionnelles, des repères familiaux, sociaux, culturels). D'où : la résurgence des mouvements "identitaires", des replis nationalistes. Dans ce contexte, la question de la "construction européenne" se pose avec plus d'insistance. - Par ailleurs, il est peut-être utile de considérer les différents types de gouvernance à travers l'histoire et de s'interroger sur la notion contemporaine d'État laïque (affranchi de l'autorité religieuse), cette question étant âprement débattue (et parfois "instrumentalisée") de nos jours.


MÉDIAS

Vous faites partie de la "génération connectée", mais avez-vous mené une réflexion critique sur les "nouveaux médias" ? On assiste en effet à un changement de paradigme. Une dimension virtuelle s'ouvre à l'échelle de la Planète, où en apparence "tout est (devenu) possible". Ici, c'est la question de réel - par exemple en regard des symptômes de "déréalisation" - qui se pose avec plus de virulence : "le réel, c'est l'impossible", avait souvent répété Jacques Lacan (1901-1981), par ex. dans ses séminaires (XVII, 1970) : L'envers de la psychanalyse (chap. VIII – Du mythe à la structure, Paris, Seuil 1991, p. 144). - En 1996, Pierre Bourdieu (1930-2002) avait mené une réflexion toujours d'actualité sur la télévision et ceux qu'il appelle les "médiatiques" (vidéo ici). - Très intéressante également dans ce contexte, l’analyse du collègue et ami de Bourdieu, Jacques Bouveresse (2008) : Les intellectuels et les médias (vidéo ici). - Une autre problématique toujours actuelle, c'est celle que Walter Benjamin (1892-1940) avait soulevée dès les années 1930 avec son essai intitulé L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (ou mécanisée : traduction de Pierre Klossowski, 1936).

SCIENCES

Pour mener une réflexion contemporaine sur les sciences ("épistémologie"), il faut distinguer la "recherche fondamentale" et ses applications ; l'exemple désormais classique est celui de la mise en équation de l'énergie et de la masse (E = mc2 ) par Albert Einstein (1879-1955) dans le cadre de la Relativité générale (1915) et son application pour la mise au point des technologies nucléaires et en particulier de l'armement atomique. D'autres exemples : la recherche médicale et l'industrie pharmaceutique, la biogénétique et les organismes génétiquement modifiés ou encore la procréation médicalement assistée. De nombreuses questions d'ordre éthique (et notamment "bioéthique") se posent ici en relation avec la nécessité d'une autorité capable d'exercer un contrôle et de faire appliquer certaines résolutions indispensables, face aux intérêts économiques des différents consortiums et lobbys industriels. -  Par ailleurs, il faut considérer ce que le penseur Jacques Poulain appelle "l'expérimentation totale" (L'âge pragmatique ou l'expérimentation totale, Paris 1991). En extrapolant un peu, les sciences sont sortis des laboratoires ("in vitro") pour mener leurs expériences à ciel ouvert ("in vivo"), non seulement en intervenant activement ou indirectement sur la nature et les écosystèmes, mais également en exerçant une influence grandissante sur les comportements humains. - La question du "progrès scientifique" en regard de certaines de ses applications technologiques aux effets clairement néfastes est plus que jamais d'actualité.

ARTS

À l'ère "digitale", les pratiques artistiques changent. Avec les "nouveaux médias", tout le monde peut se trouver une vocation d'artiste. Nous vivons un véritable "tsunami" audio-visuel puisque les "amateurs" disposent aujourd'hui de matériel "professionnel" et n'hésitent pas à mettre leurs productions diverses et variées en ligne avec le maigre espoir de se faire repérer dans cet océan indéfiniment extensible qu'est Internet. - Comment un artiste "sérieux" (sorti des Beaux-Arts, du Conservatoire, d'une école de cinéma ou de photographie, par exemple) peut-il aujourd'hui se "démarquer" ? - De même, l'écriture et les pratiques littéraires sont confrontées à la surabondance de "traces écrites", dont 76.287 nouveaux livres parus en 2015 (et 77.986 en 2016 - chiffres ici en PDF) et un nombre incalculable de pages web, blogs, forums etc. - À cela, il faut comparer l'évolution de l'imprimerie depuis la première impression de la Bible par Gutenberg (1452-55, tirage de quelque 180 exemplaires) jusqu'au "livre de poche" (concept apparu dès les années 1830 qui connaîtra une diffusion toujours plus large). - Vivons-nous une inflation de l'image, du son, de l'écriture ? - Si l'art contemporain revendique - implicitement ou explicitement - une pratique élitiste ou en tout cas savante ("intellectuelle") de l'art, qu'en est-il de l'art populaire ? - Certains artistes ont essayé de bâtir des ponts, en particulier les grands cinéastes des années 1920/30 (Jean Renoir, Marcel Carné, Julien Duvivier, Ernst Lubitsch, Fritz Lang...), sans parler de Chaplin et de Keaton qui proposaient un spectacle de qualité (dont la critique n'était pas absente) à un large public. - Dans ce contexte, il faut également réfléchir sur le kitsch, "l'art mort", l'imitation de l'imitation (mimesis de la mimesis), l'art étant traditionnellement défini comme "imitation de la Nature". Enfin, l'impératif de reproductibilité (cf. également l'essai de W. Benjamin cité plus haut) qu'entraîne la "numérisation" des contenus n'est pas sans incidence sur la production artistique contemporaine.


V

Les dissertes imaginaires de philochat

1. - Le sujet

La mort est-elle la fin de tout ?

2. La culture

L’œuvre d'art doit-elle être utile à la société ?

3. - La raison et le réel

La vérité peut-elle être relative?

4. - La politique

L'État a-t-il tous les droits ?

 5. - La morale

Ne faut-il écouter que sa conscience ?

BONUS

"BAC PHILO 2018"

 

lundi 28 mai 2018

Jacques Bouveresse, textes


I. La vérité en question -  Nietzsche contre Foucault

On a pu dire à propos de Michel Foucault que son principal mérite était de nous avoir enfin débarrassés de l’idée même de vérité. En s’appuyant sur la lecture des premiers écrits de Nietzsche, il a établi qu’elle ne reposerait que sur une distinction entre le vrai et le faux toujours à déconstruire — d’autant plus que cette opposition serait au service de l’ordre en place. La vérité serait-elle donc une variable culturelle ?
 Article complet en accès libre > Monde Diplomatique (Mars 2016)


II. L’histoire de la philosophie, l’histoire des sciences et la philosophie de l’histoire de la philosophie

1. La philosophie et son passé
2. La philosophie contemporaine et ses « trois parties principales »
3. Le modèle de Brentano et la question du progrès en philosophie
4. La philosophie entre la menace du scepticisme radical et celle de l’illusion de la connaissance
5. Le beau peut-il, en philosophie, être un substitut acceptable du vrai ?
6. L’histoire de la philosophie vue par Bertrand Russell et par Vuillemin
7. Brentano et nous : où en est la philosophie et où va-t-elle ?


Texte complet en accès libre > Collège de France

III. Dans le labyrinthe : nécessité, contingence et liberté chez Leibniz

Cours 2009 et 2010

Présentation

C’est Leibniz lui-même qui a parlé de « labyrinthes à erreurs » à propos de deux problèmes philosophiques centraux : celui du continu et celui de la liberté. Du premier, on peut dire en suivant Vuillemin que, depuis la formulation des paradoxes de Zénon, il a dominé l’histoire de la philosophie théorique ; du second, qu’à travers une autre aporie, celle de Diodore, il a dominé l’histoire de la philosophie pratique. L’objet de ce cours des années 2009 et 2010 se situe d’une certaine façon directement dans la suite de celui du cours des deux années précédentes,  consacré à une tentative de réponse à la question « Qu’est-ce qu’un système philosophique ? ». Le but est d’examiner dans le détail le genre de réponse que le système de Leibniz essaie d’apporter à l’aporie de Diodore et, plus précisément, la façon dont il s’efforce de défendre et de protéger la liberté contre la menace du nécessitarisme, en particulier du nécessitarisme spinoziste.

Cours complets en accès libre > Collège de France

IV. Qu'est-ce qu'un système philosophique ?

Cours 2007 et 2008 

« Il est amusant, observe Edgar Poe, de voir la facilité avec laquelle tout système philosophique peut être réfuté. Mais aussi n’est-il pas désespérant de constater l’impossibilité d’imaginer qu’aucun système particulier soit vrai ? » Poe ne fait évidemment qu’exprimer sur ce point une opinion très répandue. Mais il se pourrait que l’on surestime, de façon générale, considérablement la facilité avec laquelle un système philosophique peut être réfuté et même que les systèmes philosophiques soient en réalité bel et bien irréfutables, y compris lorsqu’on invoque pour essayer de réfuter certains d’entre eux les progrès de la connaissance scientifique. Ce qui signifierait que, si on ne peut malheureusement affirmer d’aucun d’entre eux qu’il est vrai, on ne peut pas davantage réussir et on n’a jamais réussi à établir de façon réellement convaincante qu’il est faux.
Jacques Bouveresse a consacré deux années de son enseignement (2007 et 2008) au Collège de France à la question : Qu’est-ce qu’un système philosophique ? Le point de départ de sa réflexion a été « le travail monumental et décisif, mais malheureusement beaucoup trop peu connu et utilisé » de Jules Vuillemin, son prédécesseur. Il y confronte ses idées à celles de philosophes français du xixe siècle comme Jouffroy et Renouvier, et à celles d’auteurs contemporains comme Gueroult, Quine, Dummett et Peacocke. Il y affronte notamment trois questions : (1) Qu’est-ce qu’un système philosophique ? (2) La philosophie possède-t-elle par essence une forme systématique ? Et, si oui, pourquoi ? (3) Pourquoi les systèmes philosophiques ne sont-ils jamais parvenus et ne parviendront-ils probablement jamais à se départager ?

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